INFO LA DÉPÊCHE. Après le signalement de l’association Mouv’enfants, inquiète de voir une poupée sexuelle à physionomie de mineure vendue sur le site toulousain Love and Vibes, la justice s’est saisie de l’affaire. Le gérant de la société, sise à Castelginest, a été placé en garde à vue à la gendarmerie, ce mardi, pour s’expliquer.
“Mon commerce et mes salariés sont jetés en pâture alors que nous ne vendons que des poupées sexuelles à la morphologie d’adultes et des milliers de références de sex-toys”… Quand son site de vente en ligne Love and Vibes a été épinglé, à la mi-janvier, par l’association Mouv’enfants, qui lutte contre la pédopornographie, Cédric Primeaux, le gérant de la société, ne cachait pas son amertume.

Pour lui, la poupée sexuelle en cause présente “des caractéristiques anatomiques matures, propres à un corps adulte, et ne comporte aucun signe, esthétique, anatomique, terminologique ou éditorial, susceptible d’évoquer un corps juvénile, adolescent ou infantile”, comme l’expliquait son avocat Valentin Simonnet. Mais il faut croire que la confusion, pénalement répréhensible, est suffisante pour que la justice s’intéresse à l’affaire.
Sur instruction du procureur de la République de Toulouse, dans le cadre d’une enquête préliminaire, le responsable du site a été placé en garde à vue ce mardi matin à la gendarmerie de Castelginest où sa société est domiciliée. À charge de s’expliquer sur les accusations d’Arnaud Gallais, le président de l’association Mouv’enfants, à l’origine du scandale des poupées Shein.
Les poupées sexuelles retirées de la vente
“Ce que propose sur internet le site Love and Vibes, c’est clairement une adolescente avec un visage de mineure, expliquait celui-ci. Il faut rappeler que l’on est enfant jusqu’à 18 ans. Dire qu’elle a une morphologie d’adulte ne tient pas”. Dans un premier temps, Cédric Primeaux avait bien tenté de faire de la résistance en soulignant, via son avocat, que “ni les visuels, ni les intitulés, ni les descriptifs, ni, plus généralement, la mise en scène, y compris le choix des tenues, accessoires ou codes visuels ne comportaient d’éléments susceptibles de faire apparaître le modèle comme mineur”. Mais il a fini par se résoudre à supprimer de son catalogue la poupée sexuelle en cause.
Valentin Simonnet justifiant ainsi le retrait : “Le site Love and Vibes commercialise environ 3 000 références liées au bien-être sexuel, exclusivement destinées à un public majeur. L’association ne met en cause qu’un seul produit parmi ces 3 000 références. Compte tenu de la sensibilité du sujet, la société a décidé de retirer temporairement ce produit de la vente, à titre isolé et conservatoire, afin d’éviter toute interprétation et de protéger l’activité ainsi que les salariés. Ce retrait ne vaut ni reconnaissance du bien-fondé des accusations, ni admission d’une quelconque irrégularité. Les allégations visant l’entreprise demeurent formellement contestées”.
“Il faut une réponse judiciaire rapide et ferme”
L’association Mouv’enfants maintient de son côté que la poupée concernée constituait une représentation sexualisée d’une adolescente, ce qui est strictement interdit par le droit français. En mettant en garde. “Attention, le retrait de contenus ne fait pas disparaître les faits, rappelle Arnaud Gallais. Cela ne vaut ni reconnaissance, ni régularisation, et il appartient exclusivement à l’autorité judiciaire de qualifier pénalement les infractions”. L’association a transmis l’ensemble des éléments en sa possession à la justice, notamment les captures d’écran des poupées et des contenus retirés du site en ligne. “La protection des enfants ne peut souffrir ni l’ambiguïté, ni l’attentisme, souligne Arnaud Gallais. La vente de poupées sexuelles au visage d’enfants doit être un signal d’alarme.
Lorsque des faits sont signalés, documentés, puis retirés après coup, l’urgence commande une réponse judiciaire rapide et ferme”. Pour lui, le sujet nécessite des investigations approfondies de la justice et des poursuites effectives à l’encontre aussi des acheteurs, “car ils participent à la chaîne de l’exploitation sexuelle des enfants et doivent être traités avec la même fermeté que les clients de la prostitution de mineurs”. Et de conclure : “Le Président de la République a affirmé que la protection de l’enfance était la priorité du quinquennat comme grande cause nationale, c’est le moment de le montrer”.
Love and Vibes “ne craint pas les investigations judiciaires”
Valentin Simonnet, l’avocat de Love and Vibes, assure que les investigations engagées par le parquet de Toulouse “sont accueillies très favorablement par la société”, qui a pris les devants en écrivant spontanément au procureur de la République dès le 27 janvier 2026 pour confirmer sa disponibilité totale et sa pleine coopération. “Loin de craindre ces investigations, la société les considère comme utiles et de nature à éclairer objectivement les faits et à confirmer le respect intégral, par l’entreprise, de la réglementation applicable. Elles permettront ainsi de faire toute la lumière, dans un cadre serein et strictement judiciaire, sur une mise en cause publique particulièrement stigmatisante et erronée”, souligne le conseil.

