February 9, 2026

Paul Georges, l’homme de confiance d’Albert Ferrasse

l’essentiel
Très discret, employé et homme de confiance d’Albert Ferrasse pendant quarante ans, Paul Georges joua un rôle important à ses côtés, dans l’ombre, aux grandes heures du rugby agenais.

Si le SUA est désormais, et pour toujours, une marque agenaise, son histoire est aussi intimement liée aux femmes et aux hommes qui ont soutenu cette équipe dans sa glorieuse histoire. Dans cette galerie de personnages, l’un d’entre eux a atteint les sommets de la hiérarchie mondiale du rugby : Albert Ferrasse, surnommé, suivant les époques, Bébert la godasse ou Tonton.
Mais il n’y a pas de maisons sans fondations, de statut sans socle, de pont sans piles, et souvent ces femmes et ces hommes placés dans la lumière, ont derrière eux, dans l’ombre, des gens de confiance, de véritables éminences grises sur lesquelles ils peuvent se reposer.
Pour Tonton, on connaît assez bien Miette, de son vrai nom Marie-Antoinette Etchart, qui fut quasiment son bras droit, petite par la taille, mais redoutable par son efficacité. Paul Georges était l’autre figure très proche d’Albert Ferrasse, son collaborateur pendant quarante ans, ami et surtout confident. C’est bien évidemment le rugby qui les avait rapprochés, et c’est Albert qui avait orienté Paul vers une carrière d’arbitre, une activité qu’il exerça jusqu’au plus haut niveau national, en première division (l’actuel Top 14).

Un homme discret, bien sous tous rapports

Pour Gérard Marty, qui fut maire d’Estillac — où habitait Paul Georges — pendant vingt-cinq ans, de 1983 à 2008 : « C’était un administré d’exception, de très grande valeur. Habitant dans un secteur pourtant sensible, au pied de l’aéroport, il a dû supporter, avec sa famille, les nuisances sonores, mais aussi les débordements intempestifs des ruisseaux provoqués par le barrage de la rivière. Pourtant, jamais, ou presque, il ne se plaignait. Il m’interpellait souvent lorsque nous avions l’occasion de nous croiser : Monsieur le maire, quoi de nouveau sur Estillac ? »
Robert Gimbert, figure omniprésente du milieu local de l’ovalie, se souvient : « Albert Ferrasse était très occupé par son rugby. Il n’hésitait pas à lui laisser les clefs de son entreprise de bois et matériaux, et à lui en confier les rênes en son absence. »
Philippe Georges, son fils, chef pilote-instructeur à l’aéroclub d’Agen, enchaîne en souriant : « En saison, pratiquement tous les lundis, se tenaient des réunions avec les présidents de clubs. On ne devait pas vendre beaucoup de bois ces jours-là. »

La fin de l’apartheid dans le rugby

Philippe se remémore ses dix-sept ans. Tout juste breveté pilote, il effectua l’un de ses premiers vols pour accompagner son père, appelé à arbitrer un match de D1 à Nice.
Philippe poursuit : « Et puis, il y a eu un moment particulièrement important dans la relation entre mon père et Albert Ferrasse. Je m’en souviens très bien. À cette époque-là, ils ont beaucoup échangé. C’était en 1971. Albert, alors président de la Fédération française de rugby, et son ami Danie Craven, entraîneur des Springboks, ont défié la règle ségrégationniste de l’apartheid en se mettant d’accord pour faire entrer sur le terrain en terre sud-africaine, Roger Bourgarel, un joueur noir. Dans ces moments difficiles, mon père était toujours présent, et son patron venait souvent vers lui pour recueillir son avis. »
Il ajoute : « Albert écoutait, prenait les avis, puis décidait. Et ce jour-là, il a tenu bon et, avec autorité, il a tué le match : il n’y aurait plus d’apartheid dans le rugby. »
Paul Georges est mort le 13 janvier dernier, il allait avoir 96 ans.

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