La Première ministre ultra-conservatrice japonaise, Sanae Takaichi, à Tokyo le 8 février 2026. KIM KYUNG-HOON / AFP
Le parti de la Première ministre ultraconservatrice Sanae Takaichi, tenante d’une ligne dure sur l’immigration, devait reconquérir une large majorité à la chambre basse du Parlement après les élections législatives de ce dimanche 8 février.
La coalition de Sanae Takaichi devrait remporter au moins les deux tiers des sièges, selon des projections de la chaîne de télévision publique NHK. Son Parti libéral démocrate (PLD, droite nationaliste) et son allié le Parti de l’innovation (centre droit populiste) devraient remporter au moins 310 des 465 sièges, selon la NHK. Les résultats officiels ne devraient être connus que lundi dans la journée.
• Le PLD au pouvoir quasiment sans interruption
Sanae Takaichi, 64 ans, a redonné un nouvel élan au PLD, au pouvoir quasiment sans interruption depuis des décennies mais qui avait perdu les faveurs des électeurs en raison de la colère face à l’inflation et à un scandale de « caisses noires ». La dirigeante nationaliste a promis au cours d’un meeting samedi à Tokyo de rendre son pays « plus prospère et plus sûr ». Cette grande admiratrice de Margaret Thatcher s’est engagée à « pousser le bouton de la croissance ». Quant à l’immigration, les critères « sont déjà devenus un peu plus stricts, afin que les terroristes, mais aussi les espions industriels, ne puissent pas entrer facilement », a-t-elle lancé.
Le 19 janvier, la Première ministre avait annoncé la dissolution de la chambre basse du Parlement, déclenchant une campagne éclair historique de 16 jours. Créditée d’une très bonne cote de popularité, elle en avait même fait une affaire personnelle, interpellant les électeurs : « Takaichi est-elle apte à être Première ministre ? J’ai voulu laisser le peuple souverain décider ». Très populaire notamment auprès des jeunes, Sanae Takaichi est même devenue un phénomène sur les réseaux sociaux.
• Une inflation supérieure à 2 %
Au-delà de sa personne, le sujet de cette campagne a surtout été le porte-monnaie des Japonais, alors que l’inflation reste supérieure à 2 % depuis près de trois ans. Les premières mesures économiques de Sanae Takaichi, dont un plan de relance de 135 milliards de dollars, ont pourtant inquiété les investisseurs. La cheffe du gouvernement a promis d’exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8 % afin d’atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages. Sanae Takaichi a aussi semé le trouble il y a une semaine en vantant les avantages d’un yen faible, alors même que son ministre des Finances a répété que Tokyo interviendrait pour soutenir la devise.
La Première ministre a promis ce dimanche de mener une politique budgétaire « responsable ». « Nous avons constamment souligné l’importance d’une politique budgétaire responsable et proactive », a déclaré Sanae Takaichi à la télévision, disant vouloir « construire une économie forte et résiliente », alors que ses premières annonces avaient affolé les marchés et fait bondir les rendements des obligations d’Etat japonaises.
• Tensions avec Pékin
Le scrutin était également observé de près à Pékin alors que les tensions sino-japonaises ont pris une nouvelle ampleur depuis que Sanae Takaichi a laissé entendre en novembre dernier que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d’attaque contre Taïwan, dont Pékin revendique la souveraineté. Le fait que Sanae Takaichi ait refusé de retirer ses déclarations « a contribué à accroître sa popularité », a déclaré à l’AFP Margarita Estévez-Abe, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Syracuse. Mais alors que la dirigeante ne doit plus affronter d’élections avant 2028, « le meilleur scénario pour le Japon serait (qu’elle) prenne une grande respiration et se concentre sur l’amélioration de la relation avec la Chine ».

