Mis en cause par la publication de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le gouvernement américain, Jack Lang est dans le collimateur en raison de ses liens avec le milliardaire et criminel sexuel américain. Visé par une enquête du Parquet national financier avec sa fille Caroline, il a démissionné de la présidence de l’Institut du monde arabe samedi. Décryptage d’une polémique.
Acculé depuis la publication de documents par le gouvernement américain mettant en lumière ses liens avec Jeffrey Epstein, Jack Lang a présenté, samedi 7 février, sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA). Le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour “blanchiment de fraude fiscale aggravée”, visant l’ancien ministre de la Culture ainsi que sa fille, Caroline Lang.
Un nom apparaissant à multiples reprises
Parmi les trois millions de pages de fichiers rendus publics par le département de la Justice américain vendredi 30 janvier, le nom de Jack Lang apparaît à 666 reprises dans les résultats de recherche, auxquels s’ajoutent 144 occurrences supplémentaires sous l’orthographe “Jacques Lang”. Ces mentions ne signifient pas que l’ancien ministre a échangé directement autant de fois avec le milliardaire américain, mais attestent de contacts répétés et d’une correspondance entretenue par Jeffrey Epstein avec l’intéressé ou son entourage.
Aucun élément ne permet toutefois d’affirmer que Jack Lang aurait été impliqué dans les crimes sexuels pour lesquels Jeffrey Epstein a été condamné ni même qu’il en était au courant. L’ancien ministre affirme avoir rencontré le financier lors d’un dîner organisé en 2012 en l’honneur de Woody Allen. Un réalisateur lui-même épinglé par le mouvement #MeToo, notamment en raison des accusations de viol portées par sa fille adoptive, Dylan Farrow, à son encontre.
Une proximité documentée
Les échanges consultés par La Dépêche révèlent néanmoins une relation entre les deux hommes semblant amicale. Une chose que l’ancien ministre de la Culture n’a d’ailleurs pas niée, disant même “assumer pleinement” ses liens avec le défunt magnat. Jack Lang invite notamment Jeffrey Epstein à plusieurs événements culturels. En 2012, il l’invite à assister à une représentation de West Side Story à Paris. En 2017, il sollicite également son aide pour l’organisation de transports à l’occasion d’un dîner donné en l’honneur d’un prince Aga Khan.


L’ancien ministre reconnaît par ailleurs avoir utilisé à plusieurs reprises le jet privé d’Epstein pour se rendre au Maroc, tout en assurant n’avoir jamais eu connaissance de son passé judiciaire. “Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire”, s’était-il défendu dans un courrier transmis à l’AFP plus tôt cette semaine.

Jack Lang évoque de simples “liens de cordialité”. En 2018, il sollicite néanmoins un soutien financier pour un film retraçant sa carrière, réalisé par Serge Moati. Il propose à Epstein de contribuer à une levée de fonds organisée par l’association des Amis de Jack Lang, pour un projet estimé à 150 000 euros.

Des services rendus à Caroline Lang
Jeffrey Epstein rend également plusieurs services à Caroline Lang, notamment pour des déplacements. En 2017, le milliardaire demande ainsi à Étienne Binant de mettre à disposition une voiture et un chauffeur pour elle.

Un échange attire particulièrement l’attention : fin janvier 2013, Epstein adresse à Jack Lang un courriel intitulé “Petit Prince”, dans lequel il l’interroge sur l’éducation d’enfants, la “religion” et les “nouvelles sexualités”. Il s’agit du seul échange faisant référence à des mineurs entre les deux hommes. Selon Franceinfo, Jack Lang aurait alors transmis un document également intitulé Petit Prince, présenté comme un projet éducatif. Sa fille affirme qu’il ne s’agissait que d’un simple sommaire. Sur RTL, l’ancien ministre a assuré ne pas savoir de quoi il était question.

Une société offshore dans le viseur
Au cœur de l’enquête figure également la société offshore Prytanee LLC, cofondée en 2016 par Caroline Lang et Jeffrey Epstein. Basée aux îles Vierges britanniques, cette structure était destinée à l’achat d’œuvres d’art et disposait de 1,4 million de dollars sur ses comptes. L’enquête fait suite aux révélations de Mediapart et à une plainte déposée par l’association anticorruption AC !!.
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Caroline Lang assure n’avoir tiré aucun bénéfice de cette société et affirme que son père ignorait sa présence dans les statuts de l’entreprise. Jack Lang soutient de son côté que toutes les transactions ont été effectuées “dans son dos“.
L’enquête préliminaire du PNF porte sur plusieurs transactions financières jugées suspectes, notamment via Prytanee LLC et des transferts d’argent transitant par des paradis fiscaux. Dans la foulée des révélations, Caroline Lang a démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants.
Selon Franceinfo, deux jours avant sa mort, Jeffrey Epstein aurait signé un testament léguant à Caroline Lang la somme de 5 millions de dollars. Elle affirme n’avoir jamais eu connaissance de ce document.

