Qui a dit que le cinéma d’auteur s’essoufflait ? À Toulouse, le mythique ABC s’apprête à souffler ses 60 bougies du 12 au 15 février. L’équipe de la rue Saint-Bernard incarne le renouveau et la vitalité insolente des salles art et essai.
Dans le milieu du septième art français, on aimerait oublier 2025 et ses chiffres de fréquentation en recul de 13,6 % par rapport à 2024 (1). Mais si on se compare, on se console, puisque nos voisins affichent bien plus grise mine avec 85 millions d’entrées en Allemagne, 67 millions en Italie et 65 millions en Espagne. L’exception culturelle française se maintient donc avec le secours des salles art et essai qui ont su fidéliser leur public, comme le confie Luc Cabassot, délégué général de Cinephilae : “Le public français, et notamment en Occitanie, a une forte appétence pour le cinéma. En Espagne par exemple, les salles art et essai n’ont pas disparu mais elles sont minoritaires. On va les retrouver à Barcelone et Madrid mais il en reste très peu. Et dans les grands cinémas généralistes on trouvera 15 écrans avec trois films programmés. Alors que dans nos salles mono écran, il peut y avoir jusqu’à six films par semaine.”
L’action menée par les cinémas de centre-ville à Toulouse, en bonne intelligence, permet une offre large de films porteurs. Ainsi, l’Utopia, l’American Cosmograph, le Cratère, la Cinémathèque – qui poursuit avec succès une saison hors les murs au Pathé Wilson –, l’ABC et les cinémas de l’agglomération œuvrent-ils tous de concert pour la bonne santé de l’art et essai.
180 000 spectateurs à l’ABC
Acteur essentiel du secteur, le cinéma ABC célèbre cette semaine ses 60 printemps en maintenant son joli teint/taux de fréquentation puisque près de 180 000 spectateurs ont encore poussé ses portes l’an passé, plus de 158 000 pour Utopia Tournefeuille et plus de 211 000 pour l’American Cosmograph à titre de comparaison. L’enseigne de la rue Saint-Bernard vient de basculer du statut d’association à celui de SCOP et son ancien président durant deux décennies, Philippe Rousseau, se réjouit de cette évolution et du riche passé : “L’ABC résulte du mouvement de l’éducation populaire puisqu’il est né en 1966 et c’est une émanation du Ciné-club de la Jeunesse de Toulouse (CCJT) auquel participaient Guy-Claude Rochemont (cofondateur de la Cinémathèque de Toulouse), Roger Clerc et Pierre Cadars.”
Au cours des années 1970-1980, avec ses trois salles, l’ABC deviendra une référence en France pour la promotion de l’art et essai. C’est l’arrivée d’Utopia en 1993 qui rebattra les cartes et imposera un sursaut que sa directrice de 2004 à 2015, Buny Gallorini, saura impulser. Les travaux entrepris malgré l’attentisme de la Ville de Toulouse alors, le soutien de la profession par les voix de Costa-Gavras, Bernard Tavernier et même Ken Loach, la fréquentation rehaussée grâce au soutien des cinéphiles toulousains feront le reste. À charge aujourd’hui à l’équipe de l’ABC de maintenir le niveau de fréquentation.
Mais le terrain est favorable, comme le souligne Éric Lavocat, fondateur du cabinet d’études spécialisé dans le cinéma et l’audiovisuel Hexacom basé près de Montpellier. “La tendance d’une étude en cours met en avant Toulouse qui est une métropole très cinéphile et reste au top par rapport aux 5 ou 6 autres agglomérations auxquelles on la compare habituellement comme Bordeaux, Nantes, Lyon entre autres.”

