À 99 ans, “Pierrot” Moussaron porte sur ses épaules près d’un siècle de souvenirs et de combats. L’infatigable Lot-et-Garonnais raconte une vie cabossée mais pleinement vécue.
Quatre-vingt-dix-neuf. C’est l’âge de Victor Moussaron, dit “Pierrot”. C’est aussi le nombre de bonnes raisons de s’asseoir à ses côtés et de l’écouter. Car il a bien vécu. Et surtout beaucoup à raconter.
Ce vendredi de février, dans sa maison au Passage d’Agen (Lot-et-Garonne), il est confortablement installé dans sa chaise. Un bras posé sur la table de sa petite cuisine au charme du siècle dernier. Un autre sur le vieux radiateur derrière lui.
Le corps souffrant, mais la tête en place
Le 14 janvier dernier, il a soufflé ses 99 bougies. Avec l’âge, le corps encaisse. L’audition s’atténue. “Il faut monter les décibels quand on parle”, glisse Véronique, son aide ménagère, avec un sourire. La vue disparaît aussi. Malgré tout, ses yeux bleus pétillent. Le Passageois reste résolument positif. Si ses capacités physiques s’affaiblissent, sa tête, elle, reste en place. Parfois, les souvenirs s’y bousculent, tant ils sont nombreux. Mais une fois lancé, Pierrot pourrait passer des heures à les dérouler un à un. Tel de vieux films qu’on connaîtrait sur le bout des doigts.
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Originaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), il s’installe rapidement dans le Lot-et-Garonne… pour ne plus jamais le quitter. L’événement marquant de sa jeunesse : la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, il n’est qu’un adolescent. La mémoire flanche légèrement. Toutefois, quelques images sont intactes. “Mon frère, lui, était au combat, raconte le nonagénaire. Moi, j’étais à la campagne, à Saint-Hilaire-de-Lusignan. J’étais cultivateur avec mes parents. On ramassait les légumes.”
“J’aurais pu y passer”
Il se souvient surtout avoir poussé un grand “ouf” de soulagement lors de la Libération. “Il était temps que ça s’arrête, rembobine-t-il. Un peu plus tôt, on avait organisé un bal clandestin dans un grenier avec une cinquantaine de personnes. On nous avait dénoncés. J’étais sur une liste pour être déporté. J’aurais pu y passer.”
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La mort a bien souvent toqué à sa porte. À ses 23 ans, alors qu’il travaillait au fond d’un puits, à 19 mètres de profondeur, un seau lui est tombé dessus. Le résultat est lourd. Plus de rein, et un arrêt pendant trois ans. “C’était compliqué, évoque sobrement Pierrot. Tout le monde pensait que j’étais foutu.”
Diverses blessures
Mais il lui en faut bien plus pour se laisser abattre. Dans le genre “dur à cuire”, le Lot-et-Garonnais excelle. En témoigne son combat contre un infiltrat pulmonaire à ses 36 ans. Ou les moult blessures ouvertes pendant son activité de cordonnier au Passage. Ou encore ce tir au fusil accidentel dans son pied lors d’une partie de chasse. “Je suis tenace”, commente modestement l’homme au pull cardigan.
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En tout cas, l’ancien cordonnier garde le sourire. “J’ai eu une belle vie, je n’ai pas à me plaindre, confie-t-il. Je ne me suis jamais emmerdé.” Ses meilleurs souvenirs ? “La chasse et les bals. On se déguisait, on rigolait, on chahutait… J’adorais ça !”
Les cent ans approchent
La vie l’a secoué, c’est certain. Mais à l’approche du centenaire, “Pierrot” Moussaron tient le coup. Lorsqu’on lui évoque le cap des 100 ans, il botte en touche. “Cent ans ? Je le prendrai comme ça vient. J’y pense, mais si ça n’arrive pas, tant pis.” À côté, son aide ménagère préfère rappeler qu’il songe tout de même à “préparer une petite fête avec du monde” s’il y parvient. Cent ans ou pas, il fera comme toujours. Il continuera à vivre, fidèle à cette combativité inspirante qui ne l’a jamais quitté.

