February 4, 2026

ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : "L’économie russe est au bord de l’effondrement…" ces signaux qui poussent à mettre fin au conflit

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La guerre entre l’Ukraine et la Russie touche-t-elle à sa fin ? Alors que les infrastructures énergétiques sont sévèrement touchées par les bombardements russes, de nouvelles négociations s’ouvrent à Abu Dhabi. Au-delà des concessions territoriales, la population ukrainienne et l’économie russe semblent à bout de souffle.

Alors qu’une vague de froid intense fragilise les infrastructures énergétiques ukrainiennes bombardées par la Russie, le climat diplomatique entre Kiev et Moscou semble se réchauffer, favorisé par l’influence des émissaires de Donald Trump. À l’aube de nouvelles négociations à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, l’ancien officier Guillaume Ancel, auteur du blog “Ne pas subir”, analyse les dynamiques qui poussent les deux pays vers un accord, malgré l’immense difficulté des concessions territoriales. Entretien.

La Dépêche du Midi : Est-il crédible de croire que l’on se rapproche de la fin du conflit ?

Guillaume Ancel : Il faut observer les signaux. Le premier c’est la fatigue du côté de Kiev. D’après un récent sondage, 60 % des Ukrainiens affirment vouloir résister jusqu’au bout, mais la réalité est plus nuancée. Les bombardements russes sur les infrastructures énergétiques ont été tragiquement efficaces cette année. Avec la vague de froid actuelle, les dégâts sur la vie quotidienne sont énormes. Les Ukrainiens ont la résistance ancrée en eux, mais ils sont désormais résignés à l’idée de concessions, notamment sur le Donbass, pour que cela s’arrête.

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Volodymyr Zelensky est-il sur cette même lignée de réalisme ?

Il consent à des compromis, moins par volonté que par pure nécessité. Il subit une pression colossale des Américains depuis la réunion entre Trump et Poutine en Alaska, en août 2025. Il espérait que les Européens pourraient faire contrepoids face à Donald Trump, mais il comprend que l’Europe n’a pas une voix assez forte, ni les capacités financières et militaires pour compenser un éventuel retrait américain.

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Est-ce que les Russes ont, de leur côté, revu leurs exigences à la baisse ?

Les Américains estiment avoir obtenu deux concessions majeures de Vladimir Poutine. D’abord, il limiterait désormais ses buts de guerre au seul Donbass, abandonnant les discours initiaux sur la “dénazification” totale. Ensuite, les Russes n’opposeraient pas de veto à la présence de troupes européennes ou occidentales stationnées sur le sol ukrainien après le conflit. Ils exigent simplement que l’étiquette “OTAN” n’apparaisse pas.

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La Russie est pourtant confrontée à des problèmes de pétrole et à une marge de manœuvre réduite. Quel est l’impact réel de l’économie sur leur décision ?

Les performances militaires russes déçoivent : malgré une supériorité numérique de cinq contre un, Moscou ne s’est emparé que de 7 % du territoire depuis 2022. C’est maigre comme résultat. Leur économie est probablement au bord de l’effondrement, mais cela ne change rien à la volonté de Poutine. C’est lui qui décide de la manière dont l’économie russe résiste. Les revenus russes ont diminué d’au moins la moitié depuis 2024, mais la société russe reste sous contrôle. Difficile donc de dire quand elle craquera. Ce ne sera pas aujourd’hui ni demain. Poutine serait prêt à prolonger la guerre deux ou trois ans de plus pour obtenir le Donbass.

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On a pourtant souvent prédit l’effondrement de l’armée russe par manque de moyens…

Les analyses militaires étaient très prudentes au début de la guerre. On disait qu’ils n’avaient plus de missiles, plus de chars récents, plus de munitions… Et pourtant, l’armée tient toujours. Ils ont encore beaucoup plus de ressources que les Ukrainiens. Mais aujourd’hui, ce sont les Ukrainiens qui sont en difficulté : ils manquent de munitions, surtout de missiles sophistiqués, et surtout de bras. Ils savent très bien qu’ils sont en train de sacrifier leur jeunesse.

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Cette situation justifie-t-elle l’intensification du dialogue diplomatique ?

Exactement. On voit des signes d’évolution très importants : ils se rencontrent directement et ont un agenda serré. Ils se voient presque toutes les semaines. C’est mauvais signe que les Européens ne soient pas présents car, jusqu’ici, ils tempéraient les négociateurs américains. Mais leur absence accélère paradoxalement la négociation puisque les Russes et les Ukrainiens se parlent désormais directement.

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