La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en train de délivrer un discours au Forum économique de Davos, le 20 janvier 2026. FABRICE COFFRINI / AFP
Six ans après avoir boudé le Forum économique de Davos, le président américain Donald Trump fait son retour en Suisse, dans la station de ski non moins huppée des Grisons.
L’occasion d’organiser une réunion avec les « différentes parties » annoncée ce mardi 20 janvier sur le sujet épineux du Groenland, qui catalysent les tensions depuis plusieurs semaines. Ironie de la situation, le sommet cette année est placé sous le thème d’« un esprit de dialogue », alors que ni Donald Trump, ni les Européens, ne comptent changer leur position sur le dossier. « Le Nouvel Obs » fait le point.
• Donald Trump à Davos, première depuis 2020
Donald Trump, dont la dernière participation en personne au forum de Davos remonte à 2020, doit intervenir à la tribune mercredi. La présence américaine, qui est très visible cette année à Davos, avec de nombreux commerces de la rue principale privatisés par des entreprises américaines et même une « USA House » installée dans une église où les membres du gouvernement multiplient les interventions.
Car la délégation américaine, qui est cette année l’une des plus importantes jamais enregistrée à Davos d’après les organisateurs, n’a pas attendu l’arrivée de son commandant en chef pour s’occuper le terrain.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a prévenu dès lundi devant la presse qu’il « serait très mal avisé » pour l’UE de prendre des mesures de rétorsion commerciales contre les Etats-Unis à cause du Groenland. Il a encore prévu plusieurs interventions mardi.
· Une « réunion des différentes parties »
Le président américain Donald Trump a annoncé mardi une réunion sur le Groenland avec les « différentes parties » en marge du Forum économique de Davos.
« J’ai accepté une réunion des différentes parties à Davos, en Suisse », a écrit le président sur son réseau Truth Social sans préciser quand se tiendrait cette rencontre. « Comme je l’ai exprimé à tous, très clairement, le Groenland est impératif pour la sécurité nationale et mondiale. Il ne peut y avoir de retour en arrière, sur ce point, tout le monde est d’accord ! », a-t-il lancé.
Dans un message séparé, le président américain a posté une image générée par l’IA le montrant, accompagné par le vice-président J.D. Vance et le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, en train de planter un drapeau américain dans un paysage arctique. Un panneau indique : « Groenland, territoire américain depuis 2026. » Une autre image générée par l’IA a été postée, où on voit le président américain dans le Bureau ovale avec les dirigeants européens devant une carte où le drapeau américain recouvre non seulement le territoire des Etats-Unis mais aussi le Canada, le Groenland et le Venezuela.
· Sur le Groenland, Trump ne bouge pas d’un iota
Donald Trump a par ailleurs indiqué sur son réseau qu’il avait eu « un très bon entretien téléphonique » avec Mark Rutte, le secrétaire général de l’Otan, au sujet du Groenland. Il a également posté un message privé attribué à Mark Rutte, dans lequel le secrétaire général de l’Otan le flatte pour son action en Syrie, ainsi qu’« à Gaza et en Ukraine » et se dit « déterminé à aller de l’avant sur le Groenland ». « J’ai hâte de te voir », ajoute le secrétaire général de l’Otan dans ce message adressé à son « cher Donald ».
« Les Etats-Unis d’Amérique sont de loin le pays le plus puissant du monde (…) Nous sommes la seule PUISSANCE capable d’assurer la PAIX dans le monde et cela se fait, tout simplement, par la FORCE ! », a écrit Trump sur son réseau.
Lundi, il affirmait que les dirigeants européens ne vont pas « résister beaucoup » à son projet de s’emparer du Groenland. « Je ne pense pas qu’ils vont résister beaucoup. Nous devons l’avoir », a-t-il déclaré à un journaliste en Floride qui l’interrogeait sur ce qu’il prévoyait de dire aux Européens qui s’opposent à ses projets.
· L’Union européenne passée au crible
A l’heure où l’UE réfléchit à des mesures de rétorsion commerciales, les déclarations à la tribune de Davos des dirigeants européens mardi seront particulièrement scrutées.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a promis mardi une réponse « ferme » aux menaces répétées de Donald Trump sur le Groenland et les droits de douane. Pour la présidente, des droits de douane américains supplémentaires seraient une « erreur, en particulier entre alliés de longue date ».
« Nous considérons le peuple américain non seulement comme notre allié, mais aussi comme notre ami. Nous plonger dans une spirale descendante ne ferait qu’avantager les adversaires que nous sommes tous deux déterminés à tenir à l’écart », a-t-elle dénoncé depuis la tribune du Forum économique mondial de Davos.
Elle s’est aussi engagée à travailler avec les Etats-Unis à « l’amélioration de la sécurité dans l’Arctique ». « Cela est clairement dans notre intérêt commun » a-t-elle déclaré, évoquant des projets « d’investissements » européens massifs au Groenland. « Nous collaborerons étroitement avec le Groenland et le Danemark afin de déterminer comment nous pouvons soutenir davantage l’économie et les infrastructures locales », a-t-elle ajouté.
Le président français Emmanuel Macron, qui a dénoncé récemment « le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme » dans les relations internationales, figure parmi les défenseurs d’une réponse ferme de l’UE. Il doit s’exprimer à Davos en début d’après-midi, avant de repartir de Davos dès mardi soir, sans croiser Donald Trump. Le chancelier allemand Friedrich Merz avait en revanche affirmé vouloir y rencontrer le président américain, disant vouloir « éviter une escalade douanière ».
« Des menaces douanières entre alliés sont inacceptables ; elles affaiblissent notre relation transatlantique et, dans le pire des cas, peuvent conduire à un cercle vicieux », a prévenu de son côté le président finlandais Alexander Stubb. Interrogé sur un possible recours à la force des Américains, il a cependant assuré : « Je ne crois pas que les Américains prendront militairement le contrôle du Groenland ».
Parmi les autres dirigeants attendus mardi à Davos figure notamment le Premier ministre canadien Mark Carney, qui cherche à réduire la dépendance de son pays aux Etats-Unis et a récemment conclu un nouveau partenariat avec Pékin.

