January 18, 2026

"J’ai refusé de sombrer" : de l’alcoolisme de sa mère à la résilience, le témoignage d’une enfant placée

l’essentiel
Publiée en avril, l’autobiographie de Deborah El Ouadidi, “Malgré tout, je brille !”, retrace un parcours de résilience face à une enfance difficile. Placée en foyer dans le Gers, elle se bat pour ses études et sa famille.

Un père décédé. Une mère qui sombre dans l’alcoolisme et la violence. C’est dans ce contexte familial douloureux que Deborah El Ouadidi est placée à la maison d’enfants Louise de Marillac, à Auch. Lorsqu’elle franchit pour la première fois les portes de l’établissement, la jeune fille affiche un visage fermé. “Je me souviens de son arrivée. Elle portait des lunettes de soleil qu’elle ne quittait jamais et ne voulait pas nous parler”, se rappellent encore aujourd’hui les éducateurs de la structure auscitaine.

Les éducateurs gardent le souvenir d’une adolescente en colère, révoltée contre le monde. “Elle n’était pas heureuse d’être là”, confient-ils, des années après son passage. Mais, comme beaucoup d’enfants accueillis dans la structure, Deborah laisse une empreinte indélébile. “C’était une chrysalide. Un papillon qui a éclos au fil des mois. On a vu apparaître une jeune fille pétillante, intelligente, avec un caractère affirmé. Elle a appris à apprivoiser ses émotions et avait déjà un objectif clair : réussir et faire différemment de ce qu’elle avait connu. Prendre soin de sa sœur et de ses deux petits frères, mais aussi réfléchir à son histoire familiale, à ses parents”, témoignent-ils.

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Une mission qu’elle a menée à bien. Cette année, Deborah El Ouadidi a publié son autobiographie, Malgré tout, je brille !. Au fil des 306 pages, elle retrace son enfance, son placement en famille d’accueil puis en foyer, et son combat acharné pour poursuivre ses études.

Un projet minutieux

Tout commence en septembre 2023, lorsque la Gersoise devenue Bourguignonne entame un travail d’écriture avec une biographe. “Nous avions des rendez-vous mensuels en visio, sous forme d’entretiens. Le livre ne devait pas être aussi long au départ, mais au vu de tout ce que j’avais vécu et de ce qu’elle jugeait important, le projet a pris plus de temps. Nous avons terminé en mars-avril. J’ai accouché en mars 2025, et le livre est sorti juste après, en avril”, explique-t-elle.

Édité sur la plateforme en ligne The Book Edition, l’ouvrage est disponible à la commande. Deborah y livre un témoignage sans détour. “C’est une autobiographie bouleversante. À l’adolescence, ma fratrie et moi avons été confrontés à une tragédie familiale qui a conduit à notre placement, d’abord en famille d’accueil, puis en foyer. Malgré tout, j’ai refusé de sombrer. Je suis l’architecte de ma vie. Je me suis battue pour mes études, pour prouver que l’on peut construire l’amour et la stabilité, malgré les cicatrices du passé. À travers ce récit, je veux offrir un message d’espoir à ceux qui se sentent prisonniers de leur histoire. Ce livre est un appel à la résilience et à la reconstruction, quels que soient les obstacles.”

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Un parcours semé d’épreuves, qu’elle évoque avec pudeur. “Nous sommes une famille nombreuse. Ma mère a eu un parcours de vie compliqué, elle nous a eus très jeunes. Après le décès de mon père, l’alcool a pris le dessus et la violence s’est installée. Les services sociaux sont alors intervenus. À l’époque, on les voyait comme des ennemis. Et puis un jour, on a fini par accepter la main qu’ils nous tendaient pour nous aider. Mais pour comprendre en détail, il faut lire le livre”, glisse-t-elle avec délicatesse.

Une empreinte gersoise

Les racines gersoises de Deborah transparaissent dans son récit. Elle a fréquenté le lycée agricole de Mirande, les couloirs de la maison d’enfants Louise de Marillac, mais aussi le Rugby Club Auch, tout en travaillant dans un restaurant de la haute ville. “Je suis un peu passée partout. En 2020-2021, avec la fermeture des restaurants pendant la crise sanitaire, j’étais en chômage partiel. À ce moment-là, j’ai tout quitté pour partir en outre-mer. Mais je n’en dirai pas plus”, sourit-elle.

Si une part de mystère demeure, son souvenir reste intact auprès des éducateurs. “Je l’ai surtout connue lorsqu’elle était majeure, dans le cadre de son accompagnement. Ce qui la caractérisait, c’était sa détermination. Elle savait exactement où elle voulait aller et se donnait les moyens d’y parvenir”, souligne l’un d’eux.

Un caractère qui l’a menée jusqu’à la publication de ce premier ouvrage, d’une importance majeure pour elle, comme le confie son conjoint. “L’écriture a parfois été très éprouvante. Certains souvenirs étaient difficiles à raviver. Mais aujourd’hui, c’est une immense fierté. Elle a écrit ce livre pour transmettre un message à tous les enfants placés, à ceux qui ne commencent pas la vie dans les meilleures conditions. Peu importe d’où l’on vient ou ce que l’on traverse, on peut s’en sortir. C’est aussi une forme de thérapie, une étape pour continuer à avancer.”

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