January 18, 2026

ENTRETIEN. Mercosur : "Les consommateurs ne sauront pas ce qu’ils mangent !" prévient un expert de la grande distribution

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Avec la mise en œuvre de l’accord Mercosur, des viandes sud-américaines vont entrer dans la chaîne alimentaire européenne. Faut-il s’inquiéter pour la qualité, les prix et la transparence dans nos assiettes ? Dans les rayons des supermarchés, les consommateurs auront du mal à s’y retrouver, prévient le spécialiste de la grande distribution Olivier Dauvers, auteur du site Web Grande Conso.

Olivier Dauvers : qu’est-ce que l’accord Mercosur va changer concrètement dans les rayons des supermarchés ?

Les changements seront difficiles à percevoir. En volume, même si 100 000 tonnes de poulet peuvent sembler importantes, cela reste limité à l’échelle de la consommation européenne. L’impact sera donc peu visible pour le consommateur.

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Quels produits seront concernés en priorité ?

Principalement la viande bovine et la volaille, mais presque exclusivement sous forme de matières premières. On n’importera pas des plats cuisinés, mais ce que l’industrie appelle du “minerai”. Par exemple, pour fabriquer des nuggets, un industriel achète du poulet industriel. Aujourd’hui, il peut venir de Bretagne, de Pologne ou d’Ukraine. Demain, il pourra venir du Brésil si c’est moins cher. Pour le bœuf, ce sera la même logique : on le retrouvera dans les lasagnes, les raviolis ou le hachis. Quelques morceaux nobles pourraient arriver sur les étals, comme l’aloyau ou la langue de bœuf, mais cela restera marginal.

Olivier Dauvers est l’animateur du site "Le web grande conso".
Olivier Dauvers est l’animateur du site “Le web grande conso”.
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Le consommateur pourra-t-il savoir d’où vient la viande utilisée ?

Dans la majorité des cas, non. Quand la viande est française, c’est indiqué. Quand elle ne l’est pas, l’information disparaît. Les mentions “Union européenne” ou “hors UE” restent trop vagues. On ne sait pas si la viande vient du Brésil, d’Argentine ou d’ailleurs.

Vous plaidez depuis longtemps pour un affichage obligatoire de l’origine…

Oui, parce que le sujet n’est pas d’interdire ou de fermer les frontières. Le Mercosur est en place. Le vrai enjeu, c’est l’information. Si mes lasagnes contiennent du bœuf brésilien, je veux le savoir. Ensuite, chacun fait ses choix selon ses moyens et ses convictions. Il n’y a aucun jugement moral. Mais aujourd’hui, le risque, c’est de consommer sans savoir.

Pourquoi cette obligation n’existe-t-elle pas ?

Pour des raisons de réglementation européenne. On ne peut pas imposer un affichage obligatoire à l’échelle nationale. C’est pour cela qu’un logo volontaire, Origine Info, a été créé, sur le même modèle que le Nutri-Score. Mais comme c’est basé sur le volontariat, beaucoup d’industriels hésitent à afficher l’origine quand elle est extra-européenne.

Les distributeurs peuvent-ils agir ?

Leur marge de manœuvre est limitée. Un distributeur ne peut pas afficher une information qu’il ne connaît pas. Si l’industriel ne lui dit pas que la viande est brésilienne, il ne peut pas l’inventer. Tout commence donc chez le fabricant, qui doit transmettre l’information.

Peut-on s’attendre à une baisse des prix ?

Potentiellement, sur certains produits premiers prix. Le poulet et le bœuf brésiliens coûtent moins cher que les viandes européennes. Cela peut donc entraîner un effet de déflation ciblé, mais probablement peu visible et difficile à quantifier.

Qu’en est-il des contrôles sanitaires ?

Là encore, la responsabilité doit reposer d’abord sur les industriels. Ce sont eux qui devraient prouver que les produits importés respectent les normes européennes, notamment sur les hormones de croissance ou les produits phytosanitaires. Les contrôles publics ne peuvent pas tout vérifier. Il faudrait donc des obligations d’autocontrôle strictes, avec des contrôles par sondage. Et en cas de fraude, les sanctions devraient être lourdes, jusqu’à la fermeture de l’usine.

Faut-il, au final, avoir peur pour nos assiettes ?

Il faut surtout avoir peur de ne pas savoir ce que l’on mange. Le danger n’est pas la nourriture en elle-même, mais le manque de transparence. Le meilleur conseil reste de privilégier, quand c’est possible, les produits transformés indiquant clairement “viande française”. Quand c’est écrit, c’est une garantie.

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