Des policiers américains devant des manifestants à Minneapolis, dans le Minnesota, le 16 janvier 2026. STEVEN GARCIA / NURPHOTO VIA AFP
A Minneapolis, dans le Minnesota, les tensions ne faiblissent pas. Depuis la mort de Renee Good, une Américaine tuée dans sa voiture par un agent de la police de l’immigration (ICE) le 7 janvier dernier, les manifestations se poursuivent vendredi 16 janvier. Des centaines de policiers ont depuis rejoint les quelque 2 000 policiers déjà déployés dans le Minnesota. Mercredi, les avocats de la famille de Renee Good ont annoncé l’ouverture d’une enquête civile, une première étape pour une éventuelle action contre l’Etat fédéral.
Dans tous les sondages, une majorité d’Américains condamne le geste du policier de l’immigration. Ces enquêtes, notamment une de CNN, établissent également que les Américains sont largement en désaccord avec les explications données par l’administration Trump. Dans une enquête de l’institut Quinnipiac, 57 % des électeurs condamnent les méthodes d’ICE – 94 % des électeurs démocrates et 64 % des indépendants, tandis que les républicains les soutiennent au contraire à 84 %.
Dans un autre sondage, Economist/YouGov, la proportion de personnes interrogées favorables à la suppression d’ICE (46 %) dépasse pour la première fois le pourcentage de celles qui s’y opposent (43 %).
« Immunité absolue »
Pour l’heure, Donald Trump a estimé qu’il ne voyait « pas de raison pour le moment » d’invoquer l’Insurrection Act, qui lui permettrait d’utiliser l’armée comme force de police, face à des manifestations dans cet Etat. Mais la Maison-Blanche soutient bec et ongles sa police de l’immigration. Jeudi, la porte-parole de l’exécutif américain, Karoline Leavitt, réaffirmait la ligne dure de l’administration trumpienne. Les policiers de l’immigration « essaient simplement d’appliquer la loi et le Parti démocrate a rabaissé ces individus. Ils les ont traités de nazis et de membres de la Gestapo ce qui conduit tout à fait à la violence que vous voyez dans les rues », a-t-elle dit pendant une conférence de presse.
De son côté, le vice-président JD Vance a jugé que le policier de l’immigration qui a abattu Renee Good « bénéficiait d’une immunité absolue ». « Agents d’ICE : vous avez l’immunité pour remplir votre mission », a ajouté récemment l’un des plus influents conseillers de la Maison Blanche, Stephen Miller.
Mais selon le site d’informations américain Axios, l’exécutif américain a mené ses propres sondages et constaté une érosion du soutien à la police de l’immigration, même auprès des électeurs de droite. À en croire un haut conseiller anonyme cité vendredi par ce site d’information, le président américain « veut des expulsions de masse. Ce qu’il ne veut pas, c’est ce que les gens voient. Il n’aime pas l’air que ça a. (Les méthodes de la police de l’immigration) ne donnent pas une bonne image, et il a exprimé un certain malaise face à cela. »
« On en est arrivés là ? »
Car même au sein des soutiens de Donald Trump l’action des agents d’ICE interpelle. « On ne veut pas d’hommes équipés comme des militaires qui traînent dans les rues et attrapent des gens – dont beaucoup se révèlent être des citoyens américains qui n’ont juste pas leurs papiers sur eux. On va devenir la Gestapo, “Où sont vos papiers” ? On en est arrivés là ? », s’est demandé Joe Rogan, un podcasteur à l’audience phénoménale et soutien de Donald Trump pour la dernière présidentielle.
Au-delà des opinions sur la politique anti-immigration de Donald Trump, les méthodes de ces agents masqués et parfois lourdement armés heurtent des principes profondément ancrés dans la culture politique et légale américaine, explique à l’AFP Steven Schwinn, professeur de droit à l’université de l’Illinois à Chicago. Il prend pour exemple les contrôles d’identité pratiqués par ces policiers, ceux qui indignent Joe Rogan, rappelant qu’ils ne sont autorisés qu’en cas de « soupçon raisonnable » d’activité illégale.
Lorsque des agents d’ICE exigent par exemple que des manifestants pacifiques produisent leurs papiers, ou quand ils ciblent des personnes seulement sur la base de leur ethnicité, « beaucoup de gens assimilent cela à des régimes dictatoriaux ou totalitaires », note-t-il.
L’universitaire juge véritablement « sans précédent » l’ampleur du déploiement des policiers de l’immigration – ils sont désormais 22 000 dans l’ensemble du pays, contre 10 000 il y a un an, selon le ministère de la Sécurité intérieure – mais aussi la protection dont ils bénéficient de la part du pouvoir exécutif.
Des restrictions imposées par une juge fédérale
La bataille s’exporte également vers le terrain judiciaire. Vendredi, la juge fédérale Kate Menendez a imposé des restrictions à la police de l’immigration dans l’Etat du Minnesota. Elle ordonne notamment aux agents de ne pas arrêter ou détenir des manifestants dans leur véhicule qui « ne font pas obstruction » à leur action, ainsi que de ne pas utiliser de spray au poivre. Le ministère de la Sécurité intérieure a 72 heures pour s’y conformer.
En parallèle, les médias américains ont rapporté vendredi que le ministère de la Justice enquêtait sur plusieurs élus de l’Etat, dont le gouverneur Tim Walz et le maire Jacob Frey, pour entrave à l’action de l’ICE.
Tim Walz et Jacob Frey martèlent que les agents fédéraux ne sont pas les bienvenus dans l’Etat et contestent la thèse officielle selon laquelle le policier qui a tiré sur Renee Good était en état de légitime défense, en se basant sur des vidéos. Ils réclament que les responsabilités soient établies dans la mort de cette mère de 37 ans, craignant que l’enquête du FBI ne soit biaisée.
« Détourner le système judiciaire contre ses opposants est une stratégie autoritaire », a dénoncé vendredi Tim Walz sur X, tandis que Jacob Frey a critiqué « une tentative d’intimidation évidente » sur le même réseau social.
Les agents fédéraux ont tiré à deux reprises, blessant un homme vénézuélien mercredi et tuant Renee Good la semaine dernière. Le ministère de la Sécurité intérieure a par ailleurs confirmé vendredi la mort deux jours plus tôt d’un homme mexicain de 34 ans, Heber Sanchez Dominguez, alors qu’il était détenu par l’ICE. Au moins quatre personnes sont décédées au cours de leur détention par l’ICE cette année, selon l’institution.

