January 16, 2026

"Les agriculteurs baissent la tête" : 200 euros de salaire, installations difficiles… Le quotidien de deux jeunes Gersois

l’essentiel
Alors que ce mercredi 14 janvier, plusieurs agriculteurs Gersois vivaient une journée de tensions lors des mobilisations haut-garonnaises, deux jeunes reviennent sur un quotidien difficile. Portrait croisé.

Au bout d’un long chemin de terre, entre les coteaux typiques de l’ouest de la Gascogne, Maxence Alfonso distribue le foin à ses blondes d’Aquitaine. Les vaches et leurs veaux plongent le museau dans la ration, tandis que les joues du jeune éleveur de 24 ans rougissent sous l’effort, malgré le froid mordant. “Aujourd’hui, sur mon exploitation, j’ai un peu plus de 200 hectares et une centaine de mères de cette race bovine, en agriculture biologique à 100 %”, explique-t-il, reprenant son souffle.

A gauche, Yohan, à droite, Maxence.
A gauche, Yohan, à droite, Maxence.
DDM – Sébastien Lapeyrère

Installé depuis 2021 à Castelnau-d’Anglès, hors cadre familial, Maxence gère seul son exploitation. Une réussite en apparence, mais loin de l’image d’une installation sereine. Pour plus de soixante heures de travail par semaine, le Gersois ne se verse qu’un salaire d’environ 200 euros. “Pendant quatre ans, je ne me suis versé aucun salaire”, confie-t-il.

“Ça fait cinq ans que la trésorerie est dans le rouge. Cinq ans que, tous les mois, je serre les dents. Les relances pour impayés, c’est tous les jours. Déjà que c’était compliqué avant la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), alors maintenant, vous imaginez…”

Une situation exacerbée depuis quelques semaines

Car la situation s’est encore dégradée ces derniers mois. La DNC, qui a frôlé les frontières du département, a plongé les élevages dans une forme de confinement sanitaire. “Il n’y a pas eu d’abattage dans le Gers, mais ces veaux que vous voyez devaient partir juste avant l’arrivée de la DNC dans le secteur. Aujourd’hui, ils mangent tous les jours, ils me coûtent cher. C’est de l’argent qui ne rentre pas, du travail en plus”, explique-t-il, cherchant ses mots.

À cela s’ajoutent les frais vétérinaires et surtout l’incertitude. “On ne sait ni quand ni à quel prix on pourra les vendre. Je suis vacciné depuis plus de trois semaines. En théorie, on devrait pouvoir vendre deux mois après, s’il n’y a pas d’autres cas.”

Maxence possède une centaine de vaches sur son exploitation.
Maxence possède une centaine de vaches sur son exploitation.
DDM – Sébastien Lapeyrère

La lassitude a peu à peu laissé place à la colère chez ce jeune syndiqué des Jeunes Agriculteurs, qui se mobilise dès que son travail le lui permet. “J’aimerais qu’on soit davantage soutenus par la population. Je fais un peu de vente directe, mais trouver des débouchés dans le Gers, c’est très compliqué. En plus, la viande se vend de moins en moins cher en supermarché, alors que nos charges augmentent. On est obligés de vendre plus cher, forcément.”

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Dans ces mobilisations, Maxence trouve un soutien précieux auprès de son voisin et ami de toujours, Yohan Casarin. “Moi, je suis installé avec mon père. On a une soixantaine de mères. Avec la dermatose, nos veaux sont aussi bloqués à la ferme. On vient d’apprendre qu’ils vont rester encore deux mois de plus. Ce sont des problèmes supplémentaires. J’ai dû aller travailler ailleurs pour me dégager un petit salaire”, explique-t-il.

Tous deux participent régulièrement aux actions de mobilisation. “Si on en arrive là, c’est qu’il y a une vraie raison. L’agriculture, surtout sur notre territoire, dans le Gers et en Occitanie, est vraiment sur la sellette”, confie Maxence.

“Mon père s’est toujours battu”

Pour eux, les difficultés ne datent pas de la crise sanitaire actuelle. Elles commencent bien plus tôt, dès l’installation. “On a eu des aides à l’installation, mais au regard des investissements nécessaires, ça reste minime”, souligne Maxence. Yohan partage ce constat, avec une inquiétude profonde. “C’est une inquiétude sanitaire, économique, administrative. Il y a des papiers tous les jours, des problèmes tous les jours, et tout ça finit par peser lourdement sur le moral.”

Pourtant, la passion reste. “Mon père s’est toujours battu. Même si ça a été dur toute sa vie, il a toujours vécu de ce métier. Il me l’a transmis et j’essaie de faire pareil, malgré les difficultés, poursuit Yohan. On tient grâce à la passion, à l’entraide. On s’appelle, on se soutient quand ça ne va pas. Mais aujourd’hui, on voit que la crise est générale. Partout, on croise des agriculteurs qui baissent la tête. Les plus âgés ne pensent plus qu’à une chose : partir à la retraite. Avant, ce n’était pas comme ça. La vie à la campagne, c’était plus beau que tout.”

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