January 15, 2026

Faux diplômes, CV truqué, mensonges : l’ancien DGS était un imposteur

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Pendant plusieurs mois, il a dirigé les services d’une commune marquée par la présence d’une centrale nucléaire en Tarn-et-Garonne. Lundi 12 janvier 2026, l’ex directeur général des services a été condamné pour faux et escroquerie. Retour sur un recrutement qui semblait solide sur le papier et qui s’est transformé en casse administrative pour la mairie.

À Golfech (Tarn-et-Garonne), la nouvelle n’a surpris personne. Lundi 12 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Dunkerque (Nord) condamné l’ex directeur général des services (DGS) de la commune à huit mois de prison avec sursis pour escroquerie ainsi que faux et usage de faux, comme l’ont révélé nos confrères de La Voix du Nord. Une décision judiciaire qui vient éclairer, a posteriori, un passage aussi bref que chaotique dans ce village tarn-et-garonnais de 1 017 habitants.

Un recrutement jugé solide sur le papier

Maxime Abattu, 44 ans, est recruté le 28 octobre 2024 à la tête de l’administration communale. Originaire de Marseille, il arrive de Téteghem – Coudekerque-Village (Nord), revendique un passage au conseil départemental des Bouches-du-Rhône et présente un master en droit délivré par l’université d’Aix-Marseille. De quoi rassurer une municipalité confrontée à une gestion hors norme pour une commune de cette taille.

À Golfech, la fonction de DGS n’a rien d’anecdotique. La présence de la centrale nucléaire et de ses 900 agents EDF pèse lourdement sur l’organisation communale. À cela s’ajoutent 140 logements municipaux, de grosses infrastructures et 35 agents à encadrer. “Pour une commune comme la nôtre, un DGS est indispensable”, rappelle le maire, Benoît Pascal.

Les premiers doutes dès les premières semaines

Pour remplacer sa précédente DGS, partie rejoindre six mois auparavant son conjoint à Strasbourg (Bas-Rhin), la mairie mandate un cabinet de recrutement. ” Le cabinet nous avait assuré de la conformité de ses compétences et de ses diplômes. En entretien, face à un autre candidat, il a donné le change “, se souvient l’édile. Le choix se porte sur Maxime Abattu.

Très vite pourtant, les premiers doutes s’installent. À peine arrivé, le nouveau DGS est absent plusieurs semaines entre novembre et décembre. ” C’était toujours sans certificat médical, il prenait ces absences sur ses congés “, précise le maire. Dans les services, les difficultés apparaissent rapidement, notamment dans la conduite de projets et la maîtrise des outils informatiques. Les documents de travail, souvent hétéroclites, interrogent élus et agents.

Des vérifications qui font tomber le décor

Face à l’accumulation de signaux faibles, le maire décide de vérifier le parcours de son DGS. Il contacte son homologue de Téteghem. ” Il m’a simplement indiqué qu’il existait un contentieux en cours et m’a conseillé de contrôler les documents fournis lors de l’embauche “, explique Benoît Pascal.

Les vérifications font l’effet d’un coup de massue. Lettres de recommandation, bulletins de salaire : plusieurs pièces du dossier apparaissent comme vraisemblablement falsifiées. ” À partir de là, la confiance était rompue “, tranche le maire. Le 28 avril 2025, Maxime Abattu est convoqué et sommé de restituer son matériel professionnel.

Un licenciement suivi d’une condamnation pénale

Dans la foulée, la commune saisit le procureur de la République de Montauban au titre de l’article 40, puis dépose plainte à la gendarmerie de Valence-d’Agen.

Contacté par La Dépêche ce mercredi 14 janvier, le procureur de la République de Montauban, Bruno Sauvage, confirme avoir requis l’ouverture d’une enquête après la réception, le 29 avril dernier, du signalement de la commune. “L’enquête confiée à la gendarmerie est en cours”, indique le magistrat.

Le 3 septembre 2025, le conseil de discipline du centre de gestion de Tarn-et-Garonne prononce le licenciement pour faute grave de l’agent, sans préavis ni indemnité. L’ancien DGS ne se présente pas.

Quelques mois plus tard, le 12 janvier 2026, il est jugé par le tribunal judiciaire de Dunkerque, en son absence mais en présence de son avocat, après cinq renvois liés à des problèmes médicaux. Il est condamné à huit mois de prison avec sursis pour escroquerie ainsi que faux et usage de faux.

Faux diplômes, réseaux et conséquences locales

L’enquête judiciaire met au jour un système de faux diplômes. L’université d’Aix-Marseille confirme que l’intéressé ne détient ni master 2 (bac + 5) ni doctorat en droit (bac + 8), contrairement à ce qu’il revendiquait, n’ayant validé qu’une maîtrise. L’établissement s’est constitué partie civile.

Ces faux diplômes lui avaient déjà permis d’obtenir en 2021 un poste de directeur adjoint du service des relations internationales au conseil départemental des Bouches-du-Rhône, occupé jusqu’en 2023 avant d’être congédié, comme l’ont révélé nos confrères de La Provence.

Le quotidien régional évoquait également sa proximité avec une proche de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal (LR à l’époque), ainsi que son engagement politique passé, l’intéressé ayant été responsable des jeunes UMP des 7e et 8e arrondissements de Marseille en 2005.

À Golfech, l’affaire n’est pas close. La commune attend désormais que le parquet engage aussi des poursuites pénales contre l’ancien cadre. Elle a également engagé un contentieux devant le tribunal administratif de Toulouse contre le cabinet de recrutement.

En parallèle, le maire a dû gérer les conséquences matérielles de ce départ précipité. “Il a laissé une ardoise de loyers sur la commune”, confirme Benoît Pascal. Une procédure d’expulsion a été menée à son terme pour récupérer un logement communal que l’ancien DGS n’occupait plus depuis des mois, sans jamais l’avoir restitué.

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