Le soulèvement en Iran prend une ampleur inédite, embrasant le pays sous le slogan “Mort au dictateur”. Depuis le 28 décembre, la répression a causé 648 morts et plus de 10 000 arrestations. La révolte peut-elle aboutir à une révolution ?
Les rares images qui nous parviennent d’Iran font état d’un soulèvement sans précédent. Soulèvement réprimé dans le sang par la République islamique. Aux quatre coins du pays, les villes se sont embrasées derrière le mot d’ordre “Mort au dictateur”.
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Quand le grand bazar de Téhéran ferme ses portes, la République islamique vacille, la formule d’un confrère du Nouvel Obs résume bien la particularité de ce mouvement. Pour la première fois, les Bazaaris ont soufflé le vent de la révolte. Depuis le 28 décembre, il n’est pas retombé, si bien que de nombreux observateurs commencent à y voir le début d’une révolution tant espérée par le peuple iranien.
Une accumulation de colères historiques
Le régime des Mollahs, en place depuis 45 ans en Iran, a connu de nombreuses tempêtes. En 2009, des millions d’Iraniens se rassemblent sous le slogan “Où est mon vote ?”, dénonçant la réélection jugée frauduleuse du président Mahmoud Ahmadinejad. En 2017, la “révolte du pain” se fait entendre dans le pays, elle aboutira, en 2019, à un important soulèvement. Cette fois-ci, ce n’est plus le bulletin de vote mais le prix de l’essence qui a mis le feu aux poudres. En 2022, la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs, ajoute un volet sociétal à la contestation du peuple iranien. Avec le mouvement “Femme, vie, liberté”, les citoyens dénoncent l’oppression du peuple et en particulier celle des femmes.
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Le soulèvement révolutionnaire que nous observons aujourd’hui est le résultat de toutes ces colères étouffées dans le sang. Mais cette fois-ci, toutes les luttes semblent converger. “C’est tout le pays qui est dans la rue : le nord, le sud, les grands centres urbains, les bourgades très reculées, les communautés ethniques…”, analyse Delphine Minoui, sur France Inter, soulignant la très large participation de la jeunesse iranienne à ce soulèvement. Du “courage ?”, non “du désespoir”, pour cette journaliste franco-iranienne.
Des centaines de morts
Un constat partagé par la sociologue et politologue iranienne Mahnaz Shirali, qui observe que “les Iraniens n’ont jamais été aussi désespérés”. Elle déplore également une “catastrophe humaine sans précédent”, au sujet des manifestants tués depuis le 28 décembre en Iran. Des images qu’il est difficile d’authentifier montrent en effet des dizaines de sacs mortuaires noirs joncher les rues des principales villes du pays, d’autres présentent un écran sur lequel défilent froidement les photos des victimes de la répression du régime. À ce jour, l’ONG Iran Human Rights dénombre 648 morts et près de 2 600 plus de 10 000 arrestations, un bilan qui pourrait être beaucoup plus lourd.
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Malgré la violence des Gardiens de la Révolution à qui il a été demandé de “disperser les manifestants par tous les moyens”, et le black-out imposé aux Iraniens, la colère ne se tait pas et certains se prennent même à rêver d’un après, libéré de l’Ayatollah Khamenei et de ses mollahs. Dans ce contexte, le nom de Reza Pahlavi, le fils du dernier shah d’Iran, circule de plus en plus.
Certains espèrent une intervention étrangère, à l’image du spectaculaire enlèvement de Nicolas Maduro par Donald Trump, d’autres croient que cette fois-ci sera la bonne, que la révolte se transformera en vraie révolution, avec la promesse d’un avenir plus libre pour les Iraniens.

