February 11, 2026

Rossy de Palma au Nouveau Printemps à Toulouse : "L’art est une imperfection qui donne du sens à notre humanité"

l’essentiel
Après Cinespaña, Rossy de Palma est de retour à Toulouse pour le Nouveau Printemps. La comédienne et plasticienne espagnole est l’artiste associée du festival d’art contemporain qui se déroulera, du 29 mai au 28 juin, autour de la gare Matabiau. Rencontre.

Tout de noir vêtue, une rose à la main, Rossy de Palma a présenté, mercredi 11 février, à Toulouse la prochaine édition du Nouveau Printemps. Accompagnée de Clément Postec, directeur artistique de l’événement culturel, elle a expliqué avec humour et conviction sa vision de l’art auquel elle va donner du sens et de la fantaisie, du 29 mai au 28 juin, dans les quartiers Marengo, Bonnefoy et Jolimont.

Tout le monde vous connaît en tant qu’actrice, notamment dans les films de Pedro Almodóvar, mais peu de gens savent que vous êtes aussi artiste plasticienne. Qu’est-ce que l’art manuel vous permet d’exprimer ?

Nous sommes tous des artistes, des artisans, des amateurs du monde et de la vie. Bien sûr, je suis plus connue comme comédienne, mais je me sens avant tout artiste. En tant qu’actrice, je suis aussi interprète. La danse, la musique, toutes les disciplines artistiques m’intéressent, mais également les artisanales : la broderie, le crochet, tout ce qu’on peut faire avec les mains. J’aime l’expérimentation, sans chercher à atteindre un but précis. C’est une forme de stratégie : lorsque nos mains sont occupées, notre esprit se tranquillise. Je ne suis pas carriériste, je n’ai pas cette obsession-là. En tant qu’artiste, je suis une amoureuse de la vie et de la beauté que j’aime recycler. Je ne me considère pas comme une artiste plasticienne à proprement parler, ce serait prétentieux. Je suis une artiste touche-à-tout : parfois c’est de la plastique, parfois autre chose, parfois une performance vivante. C’est une approche curieuse, pure, tournée vers l’échange et la découverte.

Dans ce monde brutal et tourmenté, est-ce que l’art, notamment celui qu’on met dans la rue, dans l’espace public, comme au Nouveau Printemps, peut apaiser ?

L’art apaise toujours, il est thérapeutique. En 2015, j’ai créé pour le Piccolo Teatro de Milan la pièce “Résilience d’amour”, sur la manière dont l’art nous aide à pratiquer une résilience constante. L’art est un questionnement permanent, une imperfection qui donne du sens à notre humanité. Ce n’est pas un acte prétentieux, c’est un acte vital. Quand un oiseau chante, il ne se dit pas : “Je fais une œuvre d’art”. Il chante par nécessité.

Est-ce que l’oiseau est un artiste ?

Oui, mais il est inconscient de son art. J’aime cette inconscience. Pour moi, l’art est avant tout thérapeutique, pour mon propre bien-être puis pour le partager. Je m’inspire d’autres artistes et d’autres s’inspirent à leur tour. Le Nouveau Printemps m’apporte beaucoup d’inspiration : rencontrer toutes ces personnes, c’est une richesse. Cela me permet d’apprendre, d’accompagner des artistes plus expérimentés et rigoureux que moi. Les artistes vaniteux ne m’intéressent pas. Ceux qui croient créer quelque chose font preuve d’arrogance. On ne crée pas : on est des véhicules de l’art, pas l’art lui-même. Croire qu’on est l’art, c’est comme si une prise électrique croyait être l’électricité. Nous sommes des transmetteurs. L’effet de l’art et de la culture sur les gens est primordial, il est médicinal.

Votre générosité vous fait renoncer à être payée pour votre engagement d’artiste associée, est-ce pour donner davantage aux autres artistes invités ?

Oui, j’ai pris cette décision. Entre ce qu’on nous verse et ce que l’on reçoit quand les impôts sont passés, je trouve que c’est un peu du gaspillage. Si cet argent peut permettre de mieux prendre soin des artistes, ou d’en inclure de nouveaux dans le programme, alors tant mieux. Je veux que le Nouveau Printemps soit plus libre dans ses choix. Ils ont déjà beaucoup de soutien, mais il en faut encore davantage, car le travail qu’ils accomplissent est exceptionnel. C’est ma manière d’alléger un peu leur charge et d’exprimer mon admiration pour leur travail. Je suis consciente d’être dans une position privilégiée.

Vous trouveriez normal aussi que le public participe selon ses moyens…

Oui, j’aimerais que mon passage comme artiste associée serve à créer une dynamique participative. Par exemple, sur Instagram, il existe des options pour faire des dons. Une fois le Nouveau Printemps terminé, en 2026, on pourrait imaginer que chaque jour, des personnes de France, d’Espagne et d’ailleurs contribuent un peu. C’est l’un des rares aspects positifs des réseaux sociaux : ils permettent de toucher tout le monde. Si chacun donne un peu, tout le monde devient acteur du festival, pas seulement spectateur. Cela crée une communauté et permet de mieux rémunérer les artistes. Les Toulousains doivent soutenir ce festival, car il est incroyable. Il faut le laisser respirer, sans la pression financière.

Le Nouveau Printemps, du 29 mai au 28 juin, autour de la gare Matabiau dans les quartiers toulousains Marengo, Bonnefoy, Jolimont. www.lenouveauprintemps.com

source

TAGS: