Des Iraniens manifestent à Kermanshah, en Iran, le 8 janvier 2026. KAMRAN/MIDDLE EAST IMAGES VIA AFP
Le réseau internet a été coupé, jeudi 8 janvier, sur l’ensemble du territoire iranien, a rapporté une organisation non gouvernementale (ONG) au douzième jour d’un mouvement de contestation défiant le pouvoir, accusé d’accentuer la répression à l’égard des manifestants. Depuis le début du mouvement, commencé le 28 décembre à Téhéran, des rassemblements ont eu lieu dans au moins une cinquantaine de villes, surtout dans l’ouest du pays, touchant 25 provinces sur 31, selon un décompte de l’AFP basé sur les annonces officielles et des médias.
Ces manifestations, initialement liées au coût de la vie, sont les plus importantes en Iran depuis celles ayant eu lieu après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.
• L’ayatollah Khamenei fustige les « vandales »
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a averti, vendredi 9 janvier, que son pays, confronté à une vague de contestation, ne « reculerait pas » face à des manifestants qualifiés de « saboteurs » et de « vandales », dans un discours diffusé par la télévision d’Etat.
S’exprimant devant ses partisans, Ali Khamenei a déclaré que les mains du président américain, Donald Trump, étaient « tachées du sang de plus d’un millier d’Iraniens », dans une référence apparente à la guerre de 12 jours déclenchée, en juin 2025, par Israël et à laquelle les Etats-Unis s’étaient associés. Il a également prédit que « l’arrogant » dirigeant américain serait « renversé », à l’image de la dynastie qui a gouverné l’Iran jusqu’à la Révolution islamique de 1979.
• Internet coupé « à l’échelle nationale »
L’Iran est « actuellement en proie à une coupure d’internet à l’échelle nationale », selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, se basant sur des « données en temps réel ». « Cet incident fait suite à une série de mesures de censure numérique de plus en plus strictes visant les manifestations à travers le pays, et entrave le droit du public à communiquer à un moment critique », a écrit Netblocks sur le réseau social X.
« Le Monde » fait aussi état d’une coupure généralisée des moyens de communication, vendredi 9 janvier. « Les antennes de téléphonie mobile, les SMS et les appels téléphoniques ont également été coupés », explique Amir Rashidi, expert pour l’ONG Miaan, une organisation de défense des droits humains et des droits numériques.
• Importante manifestation contre le pouvoir à Téhéran
Dans le même temps, une foule de manifestants s’est pressée sur une artère majeure du nord-ouest de Téhéran, selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux jeudi soir. Dans ces images, de nombreux protestataires à pied et d’autres klaxonnant dans des voitures investissent une partie du boulevard Ayatollah-Kashani.
Dans une vidéo publiée sur X, Amirhossein Miresmaeili, journaliste à l’« Independent Persian », montre un bâtiment – qu’il présente comme un building gouvernemental – brûler sous les hourras des manifestants. Sur Instagram, le média évoque même jeudi « des manifestations sans précédent contre la République islamique ».
Des chaînes de télévision persanes basées en dehors de l’Iran et d’autres médias sociaux ont diffusé des images de grosses manifestations dans d’autres villes comme Tabriz, dans le nord du pays, et la ville sainte de Mashhad, à l’est.
• Le président Massoud Pezeshkian appelle à la « retenue »
Dans ce contexte de plus en plus tendu, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a de nouveau appelé, en milieu de semaine, à « la plus grande retenue » face aux manifestants, ainsi qu’au « dialogue » et à « l’écoute des revendications du peuple ».
Selon des vidéos authentifiées par l’AFP, les protestataires scandent des slogans tels que « c’est la bataille finale, Pahlavi reviendra », en référence à la dynastie chassée par la Révolution islamique en 1979. Ou encore « Seyyed Ali sera démis », du nom du guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989.
• Trump menace de « frapper fort » en cas de répression meurtrière
Alors que, selon Amnesty International, un « usage illégal de la force » a été observé depuis le début du mouvement, Donald Trump a menacé, jeudi, de « frapper très fort » l’Iran si les autorités « commençaient à tuer » des manifestants. « Je leur ai fait savoir que s’ils commençaient à tuer des gens, ce qu’ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes – ils ont beaucoup d’émeutes –, s’ils le font, nous les frapperons très fort », a dit le président américain pendant un entretien avec l’animateur radio conservateur Hugh Hewitt.
Le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, a aussi dénoncé un « usage excessif de la force » de la part du pouvoir iranien « contre des manifestants pacifiques », et appelé les autorités de Téhéran à « respecter leurs obligations internationales » en la matière. Il a souligné sur X que le fait d’« exprimer pacifiquement leur opinion » était un « droit » des manifestants.
La France « comprend les aspirations légitimes du peuple iranien » et appelle les autorités iraniennes « à la plus grande retenue » dans leur réponse aux manifestations, a déclaré, vendredi, une source diplomatique à des journalistes. « On suit avec une grande préoccupation les événements en Iran », a ajouté cette source. « On comprend les aspirations légitimes du peuple iranien à la liberté de s’exprimer et à manifester », a-t-elle dit.
La violence contre les manifestants en Iran est « inacceptable », a affirmé de son côté la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas. « Couper l’accès à internet tout en réprimant violemment les protestations révèle un régime qui a peur de son propre peuple », a-t-elle ajouté.
La compagnie publique turque Turkish Airlines a annulé, vendredi, ses cinq vols à destination de Téhéran au départ d’Istanbul, indique l’application de l’aéroport international d’Istanbul. La Turquie partage une frontière de quelque 500 km avec l’Iran et trois points de passage terrestres.
• 45 manifestants, dont huit mineurs, tués
Mercredi 7 janvier a été la journée la plus meurtrière, avec treize manifestants tués, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR). Au total, au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués d’après un nouveau bilan publié, jeudi, par l’ONG. « La répression s’étend et devient chaque jour plus violente », affirme son directeur Mahmood Amiry-Moghaddam, ajoutant que « des centaines » de personnes avaient également été blessées et plus de 2 000 arrêtées.
Les ONG ont rapporté un usage de gaz lacrymogène dans plusieurs localités pour réprimer les manifestations, ainsi que des tirs à balles réelles, notamment à Kermanshah et Kamyaran (dans l’ouest du pays), où plusieurs personnes ont été blessées. A Abadan (dans l’ouest aussi), une femme s’est fait tirer dessus, directement dans l’œil, lors d’une manifestation mercredi soir, selon l’IHR.
Les médias iraniens et les autorités ont, de leur côté, fait état d’au moins 21 personnes tuées depuis le début des manifestations, dont des membres de forces de l’ordre, selon un décompte de l’AFP. Un policier iranien a ainsi été poignardé en « participant aux efforts destinés à contrôler des troubles » près de Téhéran et est mort quelques heures après, a annoncé jeudi l’agence de presse iranienne Fars.

