January 7, 2026

"Je n’avais pas besoin d’un château" : le calvaire d’une retraitée handicapée dans 15 m²

l’essentiel
Francine comptait passer une retraite paisible dans son logement face à la plage du Grazel, à Gruissan. Treize ans après son arrivée, la locataire déchante, avec des travaux de rénovation qui tardent à arriver, et qui impactent sa qualité de vie. Témoignage.

Francine nous accueille en ce vendredi 2 janvier sous un beau soleil d’hiver, à quelques mètres de la plage du Grazel à Gruissan. La retraitée ouvre la petite baie vitrée qui donne accès à son modeste logement d’une quinzaine de mètres carrés. Assise sur son canapé sous une couette, elle nous fait part de son désarroi face à ses conditions de vie dans ce logement qu’elle occupe depuis treize ans.

Un parcours semé d’épreuves, qui ont conduit cette dame originaire du Territoire de Belfort à venir chercher la douceur du sud et sa mer Méditerranée. “Suite au suicide de ma fille qui avait 29 ans, j’ai pris la décision de partir. En 2012, j’ai pu être hébergé chez des amis à Canet-d’Aude pendant un an, puis j’ai trouvé un appartement à Gruissan, sur la plage du Grazel, face à la mer”.

En 2013, Francine emménage. Le commencement d’années de galère, face à des conditions d’hébergement jugées précaires. “Les rapports avec le propriétaire de l’époque, aujourd’hui décédé, étaient difficiles, reconnaît Francine. “C’était supposé être un meublé, il n’y avait quasiment rien. Je dormais sur un sommier rafistolé avec du scotch. Pour se chauffer, c’était deux radiateurs qui consommaient énormément…”.

“Pas besoin d’un château, juste d’un logement décent”

Au fil du temps, les épreuves vont rapprocher les ennemis d’hier. Le propriétaire, tombé malade et à mobilité réduite, emménagera dans un autre appartement à lui, à quelques mètres de celui occupé par Francine. “Il devait aménager son appartement pour qu’il puisse y accéder avec sa maladie, comme il était un peu isolé, je l’ai aidé à s’occuper des travaux et pour les papiers”.
Les deux deviendront ainsi bons amis. Avant que l’ex-propriétaire ne succombe au covid, c’était en 2022. “Une fois qu’on a eu appris à se connaître, peu avant qu’il ne parte, il me disait encore : ‘je suis désolé des conditions dans lesquelles je t’ai accueillie, tu vas voir je vais te bâtir un château’. Je lui répondais que je n’avais pas besoin d’un château, juste d’un logement décent”. C’est avec le sourire et les yeux un brin embués que Francine conclut son anecdote.

La baie vitrée coulissante ne ferme plus et est impossible à verrouiller.
La baie vitrée coulissante ne ferme plus et est impossible à verrouiller.
L’Indépendant
La fenêtre au-dessus du lit est "isolée" à grand renfort de ruban adhésif et de chiffons.
La fenêtre au-dessus du lit est “isolée” à grand renfort de ruban adhésif et de chiffons.
L’Indépendant

Une passoire thermique

Le rapport de l’Agence régionale de santé rendu le 24 novembre 2025, datant d’une visite effectuée en juillet 2025, fait état, entre autres, de problèmes d’isolation, d’un dispositif de chauffage insuffisant, d’une insuffisance du dispositif d’évacuation de l’air, d’un tableau électrique dépourvu d’un système de sécurité, d’une porte d’entrée (baie coulissante) non étanche à l’air et à l’eau, ne fermant plus complètement et impossible à verrouiller. Francine enfonce le clou en montrant des photos de son appartement du 19 décembre dernier, lorsque l’eau des pluies diluviennes s’était engouffrée dans son logement. De même, la fenêtre au-dessus de son lit est isolée à grand renfort de ruban adhésif et de chiffons. “L’air passe à quelques centimètres au-dessus de ma tête”, précise-t-elle, “en été comme en hiver, quelle que soit la température”.

“Nous allons faire le nécessaire”

“Avec l’ancien compteur électrique, qui a été changé depuis, mes plaques de cuisson s’allumaient toute seule la nuit, c’est mon chat qui m’a réveillé en sursaut et qui m’a permis de m’en rendre compte, ça aurait pu très mal tourner”.

Les propriétaires actuels du logement sont les trois fils de l’ancien. Nous avons pu contacter l’un d’entre eux qui a plaidé la bonne foi. “Je n’ai sincèrement pas été mis au courant de ce dernier rapport de l’ARS, nous avions entrepris des travaux suite au rapport précédent, notamment sur le compteur électrique, la mise d’une serrure sur la porte, ou encore le cumulus que nous avons changé en novembre. La visite a eu lieu en juillet ? Je tiens à préciser que des travaux ont été réalisés depuis la visite, notamment en octobre et en novembre. Nous allons prendre connaissance de ce rapport et faire le nécessaire”.

Les rapports tendus entre la locataire et les propriétaires rendent difficile tout échange. “Le dernier mail que j’ai reçu d’eux”, témoigne Francine, “c’est le 31 décembre au soir, m’informant de leur souhait de vendre le logement. Ce n’est pas très agréable pour finir l’année”. Là aussi, l’un des frères évoque une maladresse : “Avec le recul c’est vrai que le timing n’est pas idéal, reconnaît-il, nous venions de prendre cette décision et l’idée était de la prévenir le plus rapidement possible. Mais nous n’avons aucunement l’intention de chasser notre locataire. Nous pouvons très bien vendre à quelqu’un qui souhaite continuer à louer. Nous n’avons aucun intérêt à ce que le logement soit inconfortable”.
Face à la mer, près des galères, ainsi pourrait se résumer le quotidien de Francine, qui a déjà subi trois hospitalisations cette année, en état d’invalidité à 80 %. Si les différents protagonistes ont précisé vouloir rentrer en contact pour faire le point sur la situation, il va de soi que le respect des règles et normes en vigueur est quant à lui non négociable.

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