Un barrage filtrant a été organisé ce lundi 5 janvier 2026 à Audressein par la Confédération paysanne de l’Ariège pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse.
Ce lundi 5 janvier 2026, la Confédération paysanne de l’Ariège a organisé un barrage filtrant à Audressein après la découverte d’un nouveau cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) sur un cheptel de la commune voisine de Buzan. Quinze vaches et dix veaux devaient être abattus dans la journée, une décision qui ravive dans toute la vallée colère et inquiétude.
“On est ici avant tout pour soutenir les éleveurs touchés par l’abattage de leurs bêtes”, explique François Thibault, éleveur à Audressein et membre de la Confédération paysanne de l’Ariège. Il insiste sur le fait que le rassemblement dépasse largement le cadre syndical. “Ce n’est pas un rassemblement uniquement syndical. Il y a des gens de toutes tendances, des citoyens, des élus.”

À la demande de l’éleveur concerné, aucune action n’a été menée sur l’exploitation de Buzan. “Les éleveurs ont souhaité que l’abattage se fasse dans le calme, et on respecte totalement ce choix”, précise François Thibault. La mobilisation a donc été organisée à distance, afin d’éviter toute tension et la répétition des affrontements observés à Bordes-sur-Arize en décembre dernier. Selon plusieurs témoins, des CRS auraient été vus sur l’exploitation dès le matin.
Une stratégie sanitaire vivement contestée
La Confédération paysanne dénonce une politique sanitaire jugée inefficace. “Sanitairement, ça ne marche pas. Des cas continuent d’apparaître depuis début décembre dans le sud-est de la France. L’objectif d’éradication est très loin d’être atteint”, affirme l’éleveur. Il rappelle que son syndicat avait demandé, dès les premiers cas apparus en Savoie puis dans le Doubs, une vaccination à l’échelle nationale sur la base du volontariat, sans être entendu.

Dans une vallée où les exploitations sont nombreuses et très proches les unes des autres, l’inquiétude est d’autant plus forte. “Ici, les fermes sont proches. Si un cas est détecté sur une exploitation, c’est l’abattage du troupeau, et ça peut concerner tout le monde”, alerte-t-il. Selon lui, appliquer strictement la logique administrative reviendrait presque à raser toute la vallée, une hypothèse qu’il juge totalement irréaliste.
La Confédération paysanne critique également un protocole qualifié de technocratique, qui ne prend pas en compte la réalité du terrain. “Ils parlent d’urgence sanitaire, mais le cas a été détecté plusieurs jours avant l’abattage. Même leur propre protocole manque de cohérence”, déplore François Thibault, estimant que la stratégie actuelle crée davantage de tensions qu’elle n’apporte de solutions.

Le soutien des élus et de la population
Sur place, plusieurs élus locaux ont tenu à apporter leur soutien aux éleveurs. Parmi eux, Anselme Poignant, maire de Balacet, accompagné de sa première adjointe. Très critique, l’élu a comparé la gestion de la dermatose nodulaire à d’autres crises sanitaires bien plus meurtrières, rappelant que l’an dernier la FCO lui avait coûté la moitié de son troupeau de moutons.

Il dénonce une crise qu’il juge artificielle, entraînant le sacrifice d’animaux et le gaspillage d’une viande consommable sans danger pour l’homme. Estimant que ces décisions aggravent la détresse du monde agricole, le maire n’a pas hésité à employer des mots très durs à l’encontre de l’État : “Pour moi, le gouvernement a du sang sur les mains quand il fait ça”, a-t-il déclaré, évoquant l’impact psychologique de ces abattages sur des éleveurs déjà fragilisés.

En milieu de journée, près de 200 personnes étaient rassemblées à Audressein. Les automobilistes ralentissaient, échangeaient avec les manifestants et affichaient pour la plupart leur soutien. Dans ce territoire d’élevage, où l’agriculture fait partie intégrante de l’identité locale, la mobilisation de ce lundi illustre un rejet de plus en plus marqué de la politique sanitaire actuelle, ainsi qu’une inquiétude grandissante pour l’avenir des exploitations.

