A Khan Younès, dans la bande de Gaza, le 27 novembre 2025. Les habitants survivent au milieu des ruines et manquent de tout. ABED RAHIM KHATIB/ANADOLU VIA AFP
Le 10 octobre, une trêve entre Israël et le Hamas était signée sous la pression des Etats-Unis. A Gaza, les Palestiniens, qui subissent les bombes et l’occupation terrestre de l’armée israélienne depuis deux ans, espéraient enfin obtenir un répit. En Israël, le retour des vingt derniers otages encore vivants du 7-Octobre provoquait une vague d’émotion dans tout le pays.
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Un mois et demi plus tard, de nombreuses ONG, dont Amnesty International, constatent que la population palestinienne subit encore les foudres de Tsahal et indiquent que les Gazaouis continuent de mourir. Depuis le 10 octobre, 327 Palestiniens ont été tués selon le ministère de la Santé du Hamas – dont les chiffres sont considérés comme fiables par l’ONU –, lors d’attaques israéliennes.
« Les autorités continuent de commettre un génocide contre les Palestiniens dans la bande de Gaza occupée », s’alarme, ce jeudi 27 novembre, un rapport d’Amnesty International, qui met en garde contre « l’illusion d’un retour à la normale ». Alors que l’ONG emploie le mot « génocide » depuis décembre 2024, de plus en plus d’organisations internationales ont également repris ce terme ces dernières semaines, à commencer par la commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Des accusations qu’Israël rejette régulièrement et qualifie de « mensongères », « antisémites », ou « fabriquées de toutes pièces ». Au total, 69 799 Palestiniens ont été tués par la campagne militaire israélienne de représailles depuis le 7-Octobre.
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Plus de 6 480 tonnes de matériel humanitaire bloquées
« Israël continue de restreindre sévèrement l’entrée des denrées et le rétablissement de services essentiels à la survie de la population civile, tout en limitant les évacuations médicales », écrit dans son rapport Amnesty International. Depuis le 10 octobre, seuls quelques camions humanitaires ont été autorisés à pénétrer dans la bande de Gaza. Pire encore : selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), les autorités israéliennes ont bloqué, entre le 10 octobre et le 13 novembre, plus de 6 480 tonnes de matériel de secours humanitaire destiné aux Gazaouis. Et ce, alors même que près de 2 millions de Palestiniens vivent dans une enclave réduite à l’état de ruines, et que des centaines de milliers d’entre eux manquent de nourriture, d’eau potable et d’accès aux soins. Ces derniers jours, l’hiver est arrivé et des pluies diluviennes se sont abattues les 15 et 16 novembre, inondant d’eau les abris de fortune et les tentes des survivants ainsi que leurs biens et leurs vêtements.
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Malgré le cessez-le-feu, l’armée israélienne est aujourd’hui déployée sur 58 % du territoire. Une « ligne jaune », symbolisée sur le terrain par des blocs de béton de cette couleur, interdisant aux Gazaouis de la franchir, coupe l’enclave en deux : d’un côté le territoire occupé par l’armée israélienne, de l’autre le peu d’espace restant laissé à la population palestinienne.
Des négociations au point mort
Que va devenir Gaza ? Selon l’accord signé sous l’égide de Donald Trump, l’armée israélienne est censée se retirer de la moitié de l’enclave qu’elle contrôle actuellement lorsque la deuxième phase du « deal » sera enclenchée. Un gouvernement de transition technocratique devrait alors se constituer sous la supervision du « comité de paix » présidé par Trump. Le 17 novembre, un projet de résolution présenté par les Etats-Unis en ce sens a été adopté au Conseil de sécurité de l’ONU autorisant la mise en place d’une force internationale de stabilisation.
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Mais les négociations sont en réalité au point mort. Deux corps d’otages du 7-Octobre sont encore à Gaza : ceux de l’Israélien Ran Gvili et de l’ouvrier thaïlandais Sudthisak Rinthalak. Israël refuse de reprendre les négociations de paix avec le Hamas tant que ces dépouilles ne lui auront pas été rendues. Tandis qu’une cinquantaine de membres du mouvement islamiste est piégée dans les tunnels sous Rafah, désormais sous contrôle de l’armée israélienne. Plus d’une vingtaine d’entre eux ont été tués lors de tentatives d’évasion, huit ont été capturés.
Les projets de l’administration Trump
Le chaos s’est installé dans l’enclave. Dans la partie occupée par Israël, des milices anti-Hamas et des gangs, sur lesquels l’armée israélienne s’appuie pour contrer le mouvement islamiste, se sont établis. Ces mêmes groupes qui, avec la protection de Tel Aviv, organisent des pillages des convois humanitaires dans l’enclave. Dans la zone contrôlée par le Hamas, des exécutions de dissidents et d’opposants au groupe islamiste se sont déroulées.
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Aveugle à la tragédie et motivée par ses propres intérêts financiers, l’administration Trump s’apprêterait, selon le « New York Times », à lancer dès la semaine prochaine la construction du premier complexe résidentiel destiné aux Palestiniens dans la zone de Gaza sous contrôle d’Israël. Les structures temporelles devraient pouvoir accueillir 20 000 à 25 000 personnes, avec des cliniques, des écoles et des services de base. Bien que les travaux soient estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars, les sources de financements sont floues et incertaines. Les Palestiniens autorisés à habiter dans ces structures seraient présélectionnés par les renseignements israéliens et les sorties limitées. Une prison à ciel ouvert. Comme un air de déjà-vu.
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