Une personne brandit une affiche « Libérez les enfants ukrainiens kidnappés par la Russie », lors d’un rassemblement à Londres, au Royaume-Uni, le 1er juin 2025. VUK VALCIC/ZUMA/SIPA
Un laboratoire de l’Université de Yale documente depuis 2022, grâce aux images satellite, l’emplacement des enfants ukrainiens enlevés par Russie, révélant en septembre dernier 210 camps de rééducation et militaires où ils sont envoyés, a expliqué son directeur à l’AFP.
A la demande du Département d’Etat américain cette année-là, le Humanitarian Research Lab (HRL) est chargé d’estimer le nombre d’enfants déplacés par les autorités russes, et l’étendue du phénomène, a raconté son directeur Nathaniel Raymond, en déplacement à Stockholm pour un séminaire au Parlement suédois consacré à la question, lundi 24 novembre.
• Des selfies de responsables russes avec des enfants ukrainiens géolocalisés
Au départ, il estime la tâche quasi impossible. « Comment retrouver des enfants dissimulés et protégés par les services de sécurité russes ? Dans une affaire d’enlèvement où nous ne disposons que d’internet et d’images satellite ? », se demande-t-il.
La solution apparaît grâce à une erreur commise par les Russes : des selfies de responsables locaux russes en compagnie d’enfants ukrainiens. « Les responsables locaux, cherchant à se faire bien voir du Kremlin, se prenaient en photo aux côtés des enfants dans les bus », dit Nathaniel Raymond.
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« Le plus “drôle” dans cette histoire », relate-t-il, c’est qu’ils avaient oublié de désactiver les services de localisation sur leurs téléphones. « Nous avons donc pu extraire la latitude et la longitude de la position de ces responsables, puis nous avons vu sur les photos que nous pouvions identifier les appareils, y compris leurs Apple Watch. On a commencé à creuser. » Les informations sont partagées avec les autorités ukrainiennes.
• 210 camps de rééducation et militaires
Depuis, en analysant d’autres données accessibles, notamment les photos officielles publiées par les autorités russes, le HRL a réussi à mettre en évidence 210 camps de rééducation et militaires à travers la Russie, où se trouvent une partie des enfants ukrainiens. Le laboratoire estime leur nombre total à 36 000.
En 2023, « le Nouvel Obs » racontait les prétendus sauvetages d’enfants ukrainiens par la Russie, qui maquillent une autre réalité : celle de déportations à grande échelle de dizaines de milliers d’enfants ukrainiens, en violation de la convention de Genève. Parmi les enfants volés, des enfants placés, orphelins, handicapés, blessés, qui se sont retrouvés seuls au plus fort de la guerre. D’autres, originaires des régions de Kherson, Kharkiv ou Donetsk, ont été envoyés au moment de l’invasion par leur école dans un camp de vacances en Crimée – annexée par Moscou en 2014 –, souvent avec l’accord de leurs proches, mais sous la promesse qu’ils reviendraient deux semaines plus tard.
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• Les Russes « commencent à déplacer les enfants »
En mars 2023, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre le dirigeant russe Vladimir Poutine pour sa responsabilité dans la « déportation » de milliers d’enfants ukrainiens vers la Russie depuis le début du conflit avec l’Ukraine – ce qui constitue un crime de guerre. C’est la première fois que la Cour vise le chef d’Etat d’un membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies. La commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, est aussi visée.
Depuis ce mandat d’arrêt, les autorités russes ont cessé toute publication d’informations en ligne, comme les photos qui avaient permis d’identifier les enfants : « Ils commencent à nettoyer la scène du crime, à déplacer les enfants », dit Nathaniel Raymond.
• Le travail du laboratoire menacé par Trump
Le sort de ces enfants doit être une priorité absolue dans les négociations actuelles, plaide Nathaniel Raymond. Ce n’est malheureusement pas celle de Donald Trump : conséquence des coupes de financement de l’administration du président américain, le Humanitarian Research Lab risque de mettre la clé sous la porte d’ici la fin de l’année 2025. Pour protéger son travail, le HRL a transmis ses données à Europol.
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