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Le Nouvel Obs avec AFP
Manifestation de soutien à Ibtissame Lachgar, à Paris le 15 août 2025. HENRIQUE CAMPOS / HANS LUCAS VIA AFP
Le procès pour « atteinte à l’islam » de la militante féministe marocaine Ibtissame Lachgar s’est ouvert ce mercredi 27 août. Psychologue clinicienne, Ibtissame « Betty » Lachgar, militante de 50 ans connue pour son engagement en faveur des libertés individuelles, avait publié fin juillet une photo d’elle vêtue d’un tee-shirt où apparaissait le mot « Allah » (« Dieu ») suivi de la phrase « is lesbian » (« est lesbienne »).
L’image était accompagnée d’un texte qualifiant l’islam, « comme toute idéologie religieuse », de « fasciste, phallocrate et misogyne », une publication qui a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, allant des appels à son arrestation à des menaces de viol et de lapidation. Ibtissame Lachgar a été rapidement placée en détention pour atteinte à la religion islamique en attente de son procès.
L’article 267-5 du Code pénal marocain, en vertu duquel elle est poursuivie, punit de six mois à deux ans de prison ferme « quiconque porte atteinte à la religion musulmane ». La peine est susceptible d’être portée à cinq ans d’emprisonnement si l’infraction est commise en public, « y compris par voie électronique ».
Plusieurs campagnes contre les violences
Les défenseurs des droits humains dénoncent ce texte de loi qu’ils accusent d’entraver la liberté d’expression. La publication d’Ibtissame Lachgar avait suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, certains internautes appelant à son arrestation.
Elle avait cofondé en 2009 le Mouvement alternatif pour les Libertés individuelles (Mali). Parmi ses actions les plus marquantes figure un pique-nique organisé en 2009, durant le ramadan, pour défendre le droit de ne pas jeûner et contester l’article 222 du Code pénal marocain sanctionnant toute personne musulmane rompant ostensiblement le jeûne en public sans motif valable.
Depuis, son mouvement a mené plusieurs campagnes médiatisées contre les violences faites aux femmes et la pédocriminalité. Son militantisme lui a valu plusieurs démêlés avec les autorités, sans qu’elle soit poursuivie. En 2016, elle a été interpellée à Rabat pour trouble à l’ordre public et son entourage avait dénoncé une arrestation « injustifiée ». En 2018, après une campagne pro-IVG de Mali, elle a de nouveau été détenue pendant 24 heures, notamment pour « délit d’ivresse » selon la presse locale.