REPORTAGE. Prix des carburants : "Ils sont super en Espagne et ils aident leur population !" Les Français de plus en plus nombreux à faire le plein à La Jonquera
l’essentiel
Le phénomène n’est pas nouveau. Mais depuis le début de la guerre américaine en Iran, il s’est nettement amplifié : en deux mois, le nombre de Français venant faire le plein à La Jonquera a bondi de 22 %. Mais ce “tourisme du carburant” fait parfois grincer des dents.
“Avant, je faisais le plein à La Jonquera. Maintenant, je descends un peu plus bas car c’est encore moins cher.” André, 67 ans, habite à Rivesaltes, près de Perpignan. Depuis plusieurs années déjà, il traverse la frontière pour ses courses et pour ravitailler son véhicule dans cette ville devenue un vaste centre commercial à ciel ouvert pour les consommateurs français. “J’achète du pastis, des produits ménagers et de la viande. Et surtout, je fais le plein.”
Dimanche après-midi, après avoir consulté une application de comparaison des prix, le retraité a toutefois poussé plus loin, jusqu’à une station “Petrem”, située à Pont de Molins, à 18 kilomètres de la frontière, pour alimenter son Duster vert olive. “C’est encore moins cher qu’à La Jonquera : le diesel est à 1,63 euro ! Chez moi, à Rivesaltes, c’est autour de 2,15 euros. Sur un plein, j’économise à peu près 25 euros.”
Dans cette station low cost en libre-service, la majorité des clients sont français. Ils viennent des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l’Hérault et parfois même de plus loin.
Comme André, ils profitent des tarifs attractifs proposés par les près de 250 stations que compte la seule province de Gérone, contre 71 dans les Pyrénées-Orientales.
En quelques semaines, la fréquentation française dans les pompes de la zone frontalière a ainsi progressé de 22 %. Le week-end, le phénomène s’accentue encore, avec de longues files d’attente à La Jonquera, mais aussi plus au sud, à Figueres, à une trentaine de kilomètres de la frontière.
Une station de La Jonquera. DDM – H. de L.
“C’est scandaleux, on finance l’essence des Européens”
Si l’essence a toujours été moins chère en Espagne, l’écart s’est creusé depuis le début des frappes américaines en Iran. Grâce à un déficit public ramené à 2,2 % du PIB, son plus bas niveau depuis 2008, le gouvernement espagnol a pu alléger la fiscalité sur les carburants. Résultat : le litre de sans-plomb 95 coûte entre 1,35 euro et 1,50 euro selon les stations, soit 30 à 50 centimes de moins qu’en France. Pour le diesel, les prix varient de 1,60 euro à 1,80.
“Ils sont super en Espagne et ils aident leur population !” explique Valérie, originaire de Béziers, rencontrée à “La Tramuntana”, l’une des 18 stations de La Jonquera. “On se demande ce qu’attend notre gouvernement pour aider les Français.”
Si l’afflux de conducteurs hexagonaux fait le bonheur des exploitants espagnols, il provoque aussi des critiques, notamment sur les réseaux sociaux. Car ces aides publiques représentent un coût pour l’État. “C’est scandaleux, on finance l’essence des Européens !”
Les réductions ne devraient s’appliquer qu’aux nationaux », réagit sur X un internaute anonyme. « Les Français profitent de l’essence avec la réduction de la TVA qu’on paye avec nos impôts ! Et puis, dans les stations des supermarchés de Figueres, certains remplissent aussi des bidons d’essence. C’est dangereux ! » écrit Joan Budo.
La réduction de la TVA sur les carburants en Espagne est pour l’heure en vigueur jusqu’au 30 juin prochain. Reste à savoir si elle sera prolongée. Le gouvernement de Pedro Sánchez se garde bien, pour l’instant, de toute annonce. Lors des crises précédentes, comme celle du Covid, les aides mises en place avaient été assez limitées dans le temps.