La collection d’armes anciennes attire les passionnés à Cahors. À l’espace Valentré, trente exposants dévoilent fusils, uniformes et sabres rares. Pour Hervé, 71 ans, cette passion née à l’adolescence ne s’éteindra jamais.
“Vous êtes vraiment tombés sur le fou !”, s’amuse Hervé. Quelques minutes plus tôt, il était en pleine négociation autour d’un fusil d’époque, extrêmement rare. Il le vend pour 1 500 euros, mais un collectionneur aguerri tente de faire baisser le prix. “Bon allez, parce que c’est toi, qu’on se connaît et que je t’estime, je te le laisse à 1 450 euros”, concède le Lotois. Ce dimanche, les enchères vont bon train à l’espace Valentré. Pour la première fois depuis vingt ans, le lieu accueille une bourse aux armes anciennes. Une trentaine d’exposants s’y sont installés pour déballer leur passion.

L’évènement est organisé par l’Académie des armes anciennes, présidée par le toulousain Jean-Pierre Bastié. Ce dernier confie : “Ça fait un moment que nos membres nous demandent de faire une manifestation dans le Lot. Il faut dire qu’un tiers de nos membres sont Lotois. Vous savez, le monde des collections marche par essaim. Là où il y a un collectionneur, il y en a dix !”. Et aux alentours de Saint-Céré, on trouve Hervé, et son amour pour les objets de la Marine.
Une passion qui remonte à l’adolescence
Pour lui, tout commence alors qu’il est adolescent. “Je nettoyais les fusils de chasse que mon oncle achetait pour une bouchée de pain. Quand j’en nettoyais cinq, il m’en donnait un !”, se souvient-il. Il n’en faut pas plus pour que le Lotois se prenne de passion. La suite, ce joyeux passionné l’appelle “la grande dérive”. Alors qu’il a 20 ans, il fait son service militaire dans la Marine nationale. Cela dure un an, puis il rejoint une école de coiffure. “J’avais un copain qui allait régulièrement aux puces, alors je l’accompagnais”, décrit-il. Il ajoute : “J’ai commencé par les fusils de chasse, puis j’ai découvert d’autres objets et j’ai fini par acheter un peu de tout ! Rapidement, quelque chose a émergé”. La Marine lui colle à la peau, sûrement un souvenir de son service militaire.

“Je collectionne tout ce qui est armes anciennes de la Marine, mais aussi les uniformes et les coiffes. Surtout du second empire”, détaille Hervé, qui s’intéresse surtout à l’histoire des objets. D’où ils viennent, qui les a fabriqués, à quoi ils servaient… Chez lui, il a un petit espace – et le Lotois insiste bien sur le mot “petit” – où il regroupe les 300 pièces de sa collection. À la bourse, il en expose quelques-uns. Comme cet uniforme complet, avec une chemise qui date de Louis Philippe, un pantalon du second empire, un sabre de 1849 et une coiffe de 1858. “C’est un marin qui n’a pas pied”, plaisante Hervé, montrant les pieds manquants du mannequin, avant de reprendre son sérieux : “Vous saviez qu’à l’époque les marins ne savaient pas nager ? Ils n’avaient pas l’apprentissage, ils devaient se débrouiller seuls”.
“On est tous des gamins, on a peut-être oublié de vieillir”
Sous son stand, le collectionneur cache une petite mallette bleue. À l’intérieur, ses plus précieux trésors, qu’il ne céderait pour rien au monde. Comme son propre bâchi. “Il date de 75. 1975, évidemment !”, glisse Hervé, les yeux bleus remplis de malice. “Parfois, on peut faire des kilomètres pour aller dénicher un objet spécial. Il y a beaucoup de transmission entre collectionneurs. J’essaie de participer à tous les salons comme celui-ci. Ici, on se connaît tous. On est copains, avec des passions différentes. Là-bas, il collectionne les armes américaines. Mais on se complète tous”, admet le septuagénaire. Un objet qui l’a marqué : une épée gauloise dans son fourreau. Un objet très rare, mais dont il a fini par se séparer. “Mon fils, âgé de 41 ans, ne s’intéresse pas à tout ça. Il l’aurait vendu pour trois fois rien, donc j’ai préféré le faire moi-même.”

Retour à l’espace Valentré. Hervé n’a pas convaincu l’acheteur d’acquérir le fusil. Une prochaine fois. “Il s’en mordra les doigts dans quelques mois”, chuchote-t-il, le sourire aux lèvres. “C’est un domaine de fous ! On est tous des gamins, on a peut-être oublié de vieillir”. Mais, aujourd’hui, à 71 ans, Hervé se dit qu’après plus de quarante ans de collection, il faudrait s’arrêter. “Ma femme me dit de vendre. Mais dès que j’en vends, j’en rachète ! On trouve toujours des mauvaises excuses pour ne pas le faire”, sourit-il. Preuve en est, ce dimanche matin, le Lotois a trouvé deux nouveaux objets à faire entrer dans sa collection. Hervé conclut : “C’est une vraie passion, sans vaccin. Même s’il y en avait un, je ne le ferai pas !”

