Dès lundi 27 avril, et pendant un mois, l’artiste toulousain Damien Aspe s’enferme dans une cage en vitrine de sa galerie, place de la Daurade. Il performera sa propre détention, à la vue des passants, en attendant de comparaître le 27 mai devant le tribunal judiciaire de Toulouse face aux géants du numérique.
Lundi 27 avril à 14 h, Damien Aspe enfile sa combinaison orange frappée de l’inscription “GAFAM Penitentiary”, en référence aux “prisonniers des GAFAM* que nous sommes tous”, selon lui.
Une cage de 2m² pour incarner notre prison virtuelle
L’artiste plasticien toulousain, ayant commencé sa carrière en tant que photographe, s’enferme dans une cage carrée de 2 m². Ses dimensions ne doivent rien au hasard : elles correspondent au ratio qu’il a calculé de mètres carrés par détenu dans les prisons françaises surpeuplées. Sur sa poitrine, un numéro IMEI, numéro de son téléphone, est détourné en matricule pénitentiaire.

Pour Aspe, la métaphore carcérale est on ne peut plus réelle. Il affirme : “Les GAFAM vous offrent un service gratuit, mais il ne l’est pas. L’échange, c’est vous surveiller, vous espionner, avoir accès à vos données. Nous sommes tous des prisonniers des GAFAM.”
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Exposé jour et nuit aux regards des passants, l’artiste matérialisera cette frontière trouble entre espace privé et espace public. Des visiteurs inconnus pourront même lui parler lors de ses pauses au parloir.
Son procès, ou le nôtre ?
À l’origine de la performance : une image générée par IA inspirée de “La Liberté guidant le peuple” d’Eugène Delacroix, baptisée par l’artiste “L’Autocratie guidant ses ouailles”, censurée automatiquement par les algorithmes des plateformes.
De cette interdiction naît une assignation à comparaître devant le Tribunal judiciaire de Toulouse, le mercredi 27 mai à 14 h, en audience publique de la cour correctionnelle.
Juges, avocats et experts y débattront de propriété intellectuelle, de liberté d’expression et de droit à la censure. Ce procès va “anticiper ce qui va se passer dans quelques années”. “On va essayer de voir quelles en sont les réponses juridiques”, considère-t-il.
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Une question subsiste : est-ce bien son procès ou celui des géants du numérique ? À la question, Damien Aspe rit aux éclats, et donne une réponse aussi trouble que lucide : “C’est le nôtre à tous, peut-être.” Et il va plus loin sur la pensée unique : “Les algorithmes des plateformes numériques font que vous êtes canalisés dans un seul système de pensée. C’est une manipulation mentale.”
Une phrase résume sa conviction de longue date : “Qui maîtrise le numérique maîtrisera le monde. Ça y est, nous y sommes.”

