April 24, 2026

"Je pleurais souvent, tellement je m’ennuyais toute seule"… Ces seniors se sont mis en colocation, ils racontent comment ça a brisé leur isolement

l’essentiel
Après des années d’isolement, certaines personnes âgées ont choisi une autre façon de vieillir. À Albi, la colocation entre seniors s’impose désormais comme une réponse à la solitude, et parfois comme une alternative aux Ehpad, entre autonomie préservée et lien social retrouvé.

“Je n’avais plus envie de rien.” Le constat d’Évelyne est sans détour. Depuis deux mois, cette presque octogénaire a posé ses valises à la résidence Domani, habitat partagé, à Albi, un lieu dédié à la colocation entre seniors. Après le décès de son mari, son “amour de toujours”, comme elle aime à le dire avec tendresse, Évelyne a vécu seule, à Saint-Sulpice, pendant treize ans. “C’était long. Il m’arrivait souvent de pleurer tellement je m’ennuyais”, se souvient-elle. Bien qu’entourée de ses enfants et de sa petite-fille, l’ancienne commerçante estime que ses proches ont leur propre vie et un quotidien déjà bien rempli pour ne pas avoir, “en plus”, à prendre soin d’elle.

Depuis son installation en colocation, Evelyne se sent plus heureuse.
Depuis son installation en colocation, Evelyne se sent plus heureuse.
DDM – N.O.

Mais après un accident vasculaire cérébral (AVC) et la découverte d’un diabète, cette Tarnaise se rend à l’évidence : “Je ne pouvais plus rester isolée. Sauf que je ne voulais pas non plus aller en Ehpad, ça me terrifiait”, admet la retraitée. Quand elle découvre le concept de l’habitat partagé, l’idée la séduit immédiatement. “C’est vraiment ce que je cherchais, et grâce à ça, je me suis fait plein de copains”, raconte-t-elle, le sourire aux lèvres.

“Avant, je mangeais directement dans la casserole”

Évelyne aime désormais les allées et venues de la résidence, les discussions improvisées dans les espaces communs. Elle en parle avec fierté, installée dans son nouvel appartement lumineux, dont elle a soigneusement aménagé chaque détail. Et surtout, elle a retrouvé l’appétit. “Avant, je mangeais parfois directement dans la casserole”, confie-t-elle. Par lassitude, elle finissait souvent par négliger les repas. “Quand on cuisine pour soi-même, on a moins envie de se donner du mal et de sortir les belles assiettes”, reconnaît-elle.

Aujourd’hui, la présence des coordinatrices change complètement son quotidien : elles préparent à manger, “et uniquement des choses qui nous font envie”, renchérit l’octogénaire. Rien que d’y penser, Évelyne en salive encore. “Maintenant, je suis très heureuse.” Pour elle, le meilleur indicateur reste ses chats : “Regardez Suzie et Satine, comme elles sont bien ici. C’est parce qu’elles ressentent que je le suis aussi.”

“On s’entraide beaucoup”

À ses côtés, Francine, sa complice du premier jour. Âgée de 94 ans, cette mère de famille de cinq enfants a toute sa tête, même si le temps finit parfois par se brouiller. “Je ne sais même plus quand est-ce que je suis arrivée exactement. Mais je me sens bien”, confie-t-elle, en ajustant son regard vers la télévision où résonne un air d’accordéon.

Elle raconte avoir longtemps vécu seule elle aussi, avant de rejoindre la colocation. “Ça change, on a une vraie vie sociale, sans embêter nos enfants”, résume-t-elle. Ici, ajoute Francine, “on s’entraide beaucoup.” Michel, qui a 88 ans, partage ce point de vue. “Je ne me sentais pas spécialement seul, ma famille s’occupait beaucoup de moi. Mais je trouve ça quand même mieux d’être là. On fait notre vie tranquillement.”

Evelyne et Francine, copines dès les premiers jours de colocation.
Evelyne et Francine, copines dès les premiers jours de colocation.
DDM – N.O.

Lise Ménager, qui est coordinatrice au sein de la résidence et qui a fait une partie de sa carrière dans des structures plus traditionnelles, voit la différence. “C’est vraiment un environnement génial, on les sent épanouis et même si on est présent au cas où, ça leur permet d’être réellement en autonomie et de briser le cercle de la solitude, assure cette diplômée dans l’animation. C’est plaisant de savoir que ces concepts existent, et même pour nous, c’est bien plus agréable d’y travailler.”

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