Le second procès de Cédric Jubillar se tiendra du 21 septembre au 16 octobre 2026, à Toulouse. Rejugé pour le meurtre de sa femme Delphine, il est défendu par un trio de choc : Pierre et Guy Debuisson et Frank Berton du barreau lillois. Ils tenteront de décrocher l’acquittement de cet homme condamné à 30 ans de prison, en première instance.
Nouvel avocat de Cédric Jubillar depuis janvier 2026, Pierre Debuisson muscle sa défense et s’entoure de pièces maîtresses. Le jeune pénaliste toulousain vient de faire appel à deux grandes figures des prétoires pour préparer le procès en appel d’une des affaires les plus médiatiques de ces dix dernières années, en France. Guy Debuisson, père, et Frank Berton du barreau de Lille forment désormais le nouveau casting autour de Cédric Jubillar, cet artisan plaquiste de 38 ans, rejugé du 21 septembre au 16 octobre 2026, en appel, à Toulouse, pour le meurtre de sa femme Delphine.
Le 17 octobre dernier, cet homme, défendu avec ténacité par Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck, a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, devant la cour d’assises du Tarn. Pas de corps, pas de scène de crime ni d’aveux. Le nouveau trio de choc, mélange de grande expérience et d’humilité, veut rappeler les grands principes des règles de droit : “On ne peut pas condamner un homme sans preuves”, martèle Pierre Debuisson.
“Contre une justice arbitraire”
Autour de lui, son père, 75 ans, célèbre pénaliste toulousain connu pour avoir été partie civile dans les dossiers Viguier et Estrabaud (lire par ailleurs), deux affaires criminelles sans corps. Et Frank Berton, 64 ans, dont le nom est associé à la réhabilitation des sacrifiés d’Outreau, ou à l’affaire Florence Cassez, cette ressortissante française détenue au Mexique avant d’être libérée. L’ancien DJ au ton corrosif et provocateur a aussi été “l’avocat du diable”, en défendant Salah Abdeslam, seul survivant du commando des attaques terroristes du 13-Novembre, avant de se retirer du dossier. Des avocats trois étoiles qui érigent, d’emblée, l’affaire Jubillar comme le symbole de la lutte contre toute justice arbitraire.
Mais face à ce casting de luxe, l’accusation n’est pas en toc. Les lourdes charges et l’épais faisceau d’indices qui ont conduit à la condamnation de Cédric Jubillar paraissent inoxydables. Mis à mal par les accusations de son fils, témoin d’une dispute au soir du 15 décembre 2020, au domicile familial de Cagnac-les-Mines, Cédric Jubillar est cerné par des éléments à charge. La paire de lunettes de Delphine retrouvée cassée dans le salon (élément matérialisant la dispute), la voiture qui a changé de sens de stationnement dans la nuit et qui aurait pu servir à transporter la dépouille de l’infirmière, des cris d’effroi mêlés à des aboiements de chiens entendus par deux voisines, non loin de la villa des Jubillar…
Un nouveau Cédric Jubillar dans le box ?
À cette liste s’ajoutent une utilisation inhabituelle que fait Cédric Jubillar de son téléphone, le soir des faits, des menaces de mort indirectes à l’encontre de son épouse, avant sa disparition. Un mari aux abois dont la personnalité est décrite par les experts comme “violente, colérique, impulsive” et “compatible avec le passage à l’acte”, rapporte la cour d’assises du Tarn dans son arrêt criminel. Mais un portrait qui contraste avec des traits de caractère beaucoup moins clivants. Celles et ceux qui ont pu le visiter en détention parlent d’un homme “respectueux des règles, humble, poli”.
Delphine Jubillar, mère de famille de 33 ans, devait refaire sa vie avec son amant. Sur la rupture du couple, la cour d’assises n’a retenu qu’une acceptation “de circonstance” de la part de Cédric Jubillar.
Des charges mais pas de preuves. L’accusation s’appuie sur de nombreux témoignages et des éléments techniques établissant notamment que le téléphone (jamais retrouvé) de Delphine Jubillar n’a jamais quitté la zone d’habitation du couple, à Cagnac-les-Mines. Par ailleurs, l’accusation n’a jamais établi de manière irréfutable le scénario du crime. Delphine Jubillar a-t-elle été tuée à l’extérieur de la maison ? Dans le salon ? Et surtout, son corps n’a jamais été retrouvé. Formulant des réponses évasives, parfois incohérentes, Cédric Jubillar n’avait pas rendu la tâche facile à ses anciens avocats. Quelle sera son attitude dans cinq mois ? C’est une des clés de ce second procès.

