April 15, 2026

"Beaucoup de restaurants vont fermer" : le coup de gueule des restaurateurs lotois face à l’utilisation des titres-restaurant en supermarché

l’essentiel
La réforme des titres-restaurant inquiète les restaurateurs lotois. L’extension de leur usage en grande surface pourrait aggraver une situation qu’ils jugent déjà critique. Entre pouvoir d’achat et survie des établissements, le débat s’enflamme.

“Le titre-restaurant, ça veut dire restaurant, pas grande surface”, souffle Françoise Malet, qui tient l’établissement Au Comptoir d’Olt, à Cahors. Elle, comme de nombreux autres restaurateurs lotois, se sent “délaissée” face à la nouvelle réforme des titres-restaurant. “Quand ils ont été créés, c’était pour que les gens aillent manger dans les restaurants. Là, avec la réforme, on est un peu les dindons de la farce”, s’indigne-t-elle.

Cette réforme fera l’objet d’une proposition de loi déposée “d’ici l’été” pour une adoption avant la fin de l’année, selon le ministre du Pouvoir d’achat, Serge Papin. Cette loi entérinerait deux principaux changements, source de tension chez les restaurateurs lotois : la pérennisation de l’usage des titres-restaurant en grande surface et leur utilisation le dimanche.

Pierre et Solène sont les deux co-gérants du restaurant Marie Colline à Cahors.
Pierre et Solène sont les deux co-gérants du restaurant Marie Colline à Cahors.
DDM – Laurine Méaulle

“Cette réforme met en péril notre profession”

Françoise Malet reprend son analyse. “Après le confinement, c’était normal d’avoir des aides et qu’on autorise l’usage des titres-restaurant en grande surface, mais maintenant, c’est fini. Avec le télétravail, les gens viennent déjà moins au restaurant. On est perdants des deux côtés”, martèle-t-elle. Ce lundi 13 avril, elle a d’ailleurs participé à l’assemblée générale de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie du Lot (Umih 46). Le syndicat, qui s’appuie sur les propos tenus par ses représentants nationaux, soulève : “Depuis 2022, plus d’un milliard d’euros ont été captés par la grande distribution. Un milliard. Ce chiffre n’est pas anodin. Il révèle un choix politique clair : soutenir des acteurs déjà puissants, au détriment d’un tissu dense de restaurateurs indépendants.”

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La restauratrice cadurcienne insiste : elle souhaiterait qu’un autre titre, différent de celui destiné au restaurateur, soit créé ou, au moins, que les montants plafonnés soient différents en fonction des structures. “Ils ont le droit à 25 euros, comme nous. Ce n’est pas logique. Qu’ils baissent le montant pour les grandes surfaces, à 10 ou 15 euros maximum. Parce que si les gens dépensent là-bas, ils ne dépensent plus chez nous”, argumente Françoise Malet.

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À quelques kilomètres de là, Luis Pereira, gérant du restaurant L’Escale, abonde : “La restauration est déjà un secteur en forte difficulté. Cette réforme met en péril notre profession. Beaucoup de restaurants vont fermer”, soutient celui qui propose des menus du jour chaque midi au tarif de 18 euros.

“La vraie problématique, c’est le pouvoir d’achat”

Cette réforme vise à répondre à la problématique du pouvoir d’achat des Français, comme le prétend le ministre du Commerce, Serge Papin. Les restaurateurs lotois en sont conscients. Pierre et Solène, gérants du restaurant Marie Colline, à Cahors, adoptent une position plus nuancée. Leur clientèle actuelle, moins composée de salariés utilisant ces titres, les protège en partie des effets immédiats de la réforme. Pour autant, Pierre ne cache pas ses réserves. Selon lui, le problème dépasse largement cette seule mesure. “La vraie problématique, c’est le pouvoir d’achat”, insiste-t-il. Il évoque une piste : taxer l’usage de ces titres en grande distribution pour redistribuer une partie aux restaurateurs, notamment ceux qui privilégient le fait maison.

Dans le centre-ville de Cahors, Julia Gastdorf, gérante du Bistrot Gambetta, peine à comprendre cette décision gouvernementale. “Ça profite toujours aux plus gros. Le gouvernement n’est pas en capacité de nous défendre”, appuie-t-elle, indiquant qu’elle entend la réaction des consommateurs, considérablement impactés par une baisse du pouvoir d’achat.

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À Gourdon aussi, Nicolas Breuil, qui tient le restaurant Le Petit Bouchon, le reconnaît : il ne craint pas de voir cette réforme impacter durablement son activité. Mais la problématique reste bien présente : “Cela reste forcément un problème. Ceux qui détiennent des titres-restaurant vont aller consommer dans les grandes surfaces. Mais le contexte économique, le prix du carburant n’aide pas.” Un cercle vicieux dont les restaurateurs peinent à voir le bout.

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