April 15, 2026

Hausse des prix du carburant et des matériaux : le BTP du Gers étranglé par la guerre en Iran

l’essentiel
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les entreprises du bâtiment gersoises subissent de plein fouet la hausse des carburants et des matériaux. La présidente de la Fédération BTP du Gers, Nathalie Lacroix, a rencontré le cabinet du préfet vendredi 10 avril. Elle alerte : des chantiers s’arrêtent, des emplois sont menacés.

Dans le Gers, on roule. Beaucoup. Chaque matin, les camions des entreprises du BTP quittent les dépôts pour rejoindre des chantiers éparpillés aux quatre coins d’un département rural et étendu. C’est précisément ce qui rend la flambée du carburant si douloureuse ici.

“Le Gers, c’est assez vaste. On se déplace tous les jours sur les chantiers, et certaines entreprises ont des travaux à l’extérieur du département aussi”, rappelle Nathalie Lacroix, présidente de la fédération BTP du Gers.

Les engins de chantier dans le rouge

Les chiffres qu’elle a présentés au cabinet du préfet, vendredi 10 avril, sont éloquents. Pour une entreprise gersoise disposant de dix utilitaires, le surcoût carburant atteint entre 35 000 et 40 000 € par an. Soit environ 80 € de plus par plein. “Pour moi personnellement, avec mon entreprise, ça fait un gros surcoût : 40 % de plus sur le carburant”, témoigne-t-elle.

Les matériaux isolants affichent une forte hausse.
Les matériaux isolants affichent une forte hausse.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Au-delà des véhicules de liaison, ce sont les engins de chantier qui enfoncent le clou. Un tractopelle consomme entre 8,5 et 10 litres de gazole non routier (GNR) par heure. Une pelle hydraulique cataloguée comme “économe” en avale de 18 à 22 litres. Sur une journée de huit heures, la facture s’envole. La Capeb l’avait chiffré dès le 6 mars : pour une pelle de 20 tonnes, une hausse de 0,30 euro sur le GNR représente 6 euros de surcoût par heure de travail. Multipliée par des centaines d’heures annuelles, la saignée est considérable.

Des matériaux en hausse de 10 à 35 %

Ce n’est pas tout. Depuis un mois environ, les entreprises gersoises reçoivent des courriers de fournisseurs annonçant des hausses tarifaires en cascade. Les isolants et produits dérivés du pétrole bondissent de 15 à 35 %. Le PVC, les gaines, les produits bitumineux affichent 10 à 20 % de plus. L’acier, l’aluminium, les tuiles, les colles : tout suit.

À lire aussi :
“La situation n’est plus tenable” : face à la hausse des carburants, les agriculteurs et des professionnels du BTP tirent la sonnette d’alarme

“Ces augmentations sont très rapides et peut-être pas forcément justifiées”, s’inquiète Nathalie Lacroix. Certains fournisseurs vont plus loin encore, appliquant des hausses rétroactives sur des commandes déjà passées, ou ajoutant des “contributions énergie” contestables juridiquement. “Nous appelons clairement à mettre un coup d’arrêt aux logiques spéculatives et opportunistes”, tranche la présidente.

Chantiers à l’arrêt, emplois en danger

La conséquence est immédiate : répercuter ces surcoûts sur les clients est un exercice périlleux. Avec les collectivités publiques, des mécanismes de révision de prix existent. Mais avec les particuliers, c’est une autre affaire. “Reprendre un devis d’un particulier, c’est délicat”, reconnaît Nathalie Lacroix. Résultat : certains chantiers sont gelés avant même d’avoir démarré, d’autres sont stoppés en cours de route. “On a de plus en plus d’appels à la fédération. Les entreprises sont vraiment très tendues, ça pèse sur les trésoreries.”

Les emplois du BTP sont menacés par la crise qui affecte le secteur.
Les emplois du BTP sont menacés par la crise qui affecte le secteur.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

L’impact sur l’emploi n’a pas encore été mesuré, mais la menace se précise. La fédération a saisi le cabinet du préfet, interpellé la DGCCRF pour dénoncer les pratiques commerciales déloyales, et appelle les donneurs d’ordre publics à systématiser les clauses de révision de prix dans leurs marchés.

“Derrière chaque chantier qui s’arrête, ce sont des emplois, des savoir-faire et une dynamique territoriale qui vacillent, alerte Nathalie Lacroix. Dans le Gers, le BTP emploie des milliers de personnes.”

source

TAGS: