Depuis la hausse du carburant, les aides à domicile se retrouvent prises à la gorge. Elles dénoncent une situation devenue intenable, qui pousse déjà certaines d’entre elles à cesser leur activité.
La colère monte chez les aides à domicile, et la situation devient critique. Confrontées à l’explosion des prix du carburant, ces professionnelles, essentielles pour les personnes fragilisées maintenues à domicile, ne peuvent plus assumer le coût du carburant devenu exorbitant, et dénoncent l’inaction de leurs employeurs. La profession tire la sonnette d’alarme.
“Des personnes ont déjà suspendu leur activité”
Elles sont une quinzaine à s’être rassemblées sous la Halle aux Grains le 7 avril dernier aux côtés de la CGT. Les aides domiciles sont catégoriques, à ce rythme-là, la profession va être en tension, certaines ayant déjà été contraintes de cesser leur activité : “À l heure actuelle, travailler, ça nous coûte de l’argent, explique Lucie, aide à domicile et représentante syndicale. Il y a déjà des personnes qui ont suspendu leur activité, notamment celles qui travaillent en chèque emploi-service. Elles sont déjà obligées de faire le choix d arrêter de travailler.”
Avec un prix du gazole atteignant en moyenne 2,30 € le litre — soit une hausse d’environ 60 centimes en quelques jours — la facture devient particulièrement lourde, oscillant entre 300 et 350 euros par mois. Une charge que les travailleuses ne peuvent plus supporter. “Notre direction nous a augmenté de 2 centimes le kilomètre. C’est dérisoire”, déplore Laetitia, elle aussi déléguée syndicale. “On a pris 60 centimes d’augmentation sur le carburant. Honnêtement, 2 centimes, ce n’est rien. Alors oui, il y en a qui pensent à arrêter, à démissionner. Ce n’est plus possible parce que là, on est en train de calculer si ce n’est pas mieux d’être en maladie, si ce n’est pas mieux d’être au chômage.”
Jusqu’à 200 à 250 kilomètres les week-ends
Comme elle, de milliers de femmes parcourent chaque jour des dizaines de kilomètres pour se rendre au domicile des bénéficiaires. En moyenne, ce sont 60 kilomètres quotidiens, et jusqu’à 200 à 250 kilomètres les week-ends. Des trajets indispensables à leur mission, mais aujourd’hui de plus en plus coûteux.
“Il faut savoir qu’en plus, on a beaucoup de frais kilométriques : l’entretien de nos voitures, on paye notre assurance, notre assurance professionnelle. Il faut que tout ça soit pris en compte. Alors, par jour, ça dépend, mais en moyenne, on paye 60 kilomètres par jour. Et sur les week-ends, on peut arriver à faire 200, 250 kilomètres. Alors, il faut que tout le monde se réengage parce que là, ce n’est plus possible”, expliquent-elles.
Des bénéficiaires inquiets
Du côté des bénéficiaires, si la solidarité est bien présente, l’inquiétude se fait aussi sentir : “Bien sûr que ça les inquiète. Après, de façon générale, ils sont solidaires avec nous. Ils savent, eux, le travail qu’on fait quand on vient les voir tous les jours. On est parfois la seule visite. On a différentes casquettes avec eux. On leur tient compagnie, on fait l’entretien du logement. On est sur des actes essentiels”, soulignent les représentantes syndicales.
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Elles alertent aussi sur une réalité plus large : “L’État ne mesure pas encore pleinement l’ampleur de la situation, alors même que le coût d’une aide à domicile ne cesse d’augmenter pour les bénéficiaires. Une mesure récente risque d’ailleurs d’alourdir encore leur reste à charge”.
Des salaires figés
Avec près de 1,3 million de salariés et près de cinq millions de foyers fiscaux bénéficiaires en France, le secteur des services à la personne constitue aujourd’hui un pilier essentiel de l’accompagnement des publics les plus fragiles. Un secteur pourtant fragilisé par des conditions d’exercice de plus en plus difficiles, qui pousse les syndicats à réclamer des revalorisations. Le 17 octobre dernier, l’État a une nouvelle fois refusé d’agréer un avenant salarial, qui devait permettre une hausse des rémunérations, un refus suivant l’avis défavorable des départements de France. « Cela fait trois fois que l’État rejette cet agrément, qui permettrait pourtant de revaloriser les salaires d’une soixantaine d’euros par aide à domicile », dénoncent Lucie et Laétitia, aides à domicile et représentantes syndicales ariégeoises. Un refus qui vient s’ajouter aux difficultés déjà engendrées par la crise du carburant. Face à la situation, certains départements ont d’ailleurs choisi de réagir : dans le Finistère, les élus du conseil départemental ont ainsi voté la mise en place d’une aide financière exceptionnelle de 50 000 euros.

