April 6, 2026

Décès de Franco Zani : "Mais quand j’étais gosse, mon idole, c’était lui…" Le SU Agen a perdu l’une de ses plus grandes légendes

l’essentiel
« Allô, c’est Zani. » Été 2019. Au bout du fil, une voix modelée par un indéracinable accent italien confirme un rendez-vous afin d’évoquer une immense carrière. Trop jeune pour l’avoir vu jouer, nous savions que nous allions rencontrer un « monstre sacré » du SUA, tant de fois raconté par les plus anciens des fidèles d’Armandie.

Nous ignorions en revanche que c’est d’abord un monument d’affabilité et de modestie, qui nous accueillerait dans sa maison de vacances au cœur de la campagne lot-et-garonnaise. La semaine précédente, le hasard nous avait fait croiser sur la côte méditerranéenne un Biterrois, supporter devant l’éternel du « Grand Béziers », qui nous avait confiés comme l’on confesse un secret : « Mais quand j’étais gosse, mon idole, c’était Zani. »

À entendre l’anecdote, le visage de l’ancien troisième ligne agenais s’était éclairé. « C’est vrai ? », avait-il demandé dans un sourire incrédule, comme s’il avait lui-même du mal à croire à sa propre légende. Franco Zani avait ensuite longuement évoqué ses débuts dans le rugby, son départ d’Italie, ce Brennus glané dès la première année aux côtés de Pierre Lacroix, disparu quelques mois auparavant, et dont l’évocation récurrente au cours de l’entretien convoquera quelques larmes venant rouler au bord des yeux, comme les « r » roulaient encore sur la langue.

À 80 ans, il avait détaillé sa carrière donnant l’impression qu’elle venait à peine de s’achever, n’hésitant pas à reconstituer sur la table, avec un verre d’eau et un stylo, une combinaison mise en place sur le terrain plus de cinquante ans auparavant. Loin du rugby actuel, qu’il ne trouvait pas « intelligent », il avait fait part de l’amertume que suscitait en lui le fait d’avoir été un peu trop vite oublié par certains de ses compatriotes transalpins.

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Le lendemain de la parution de cet entretien dans nos colonnes, il nous avait téléphoné afin de nous remercier, se disant « ému et soulagé » d’avoir pu raconter tout cela avant de ne plus être en mesure de le faire. L’élégance du grand Franco rayonnait bien au-delà du rectangle vert. Au revoir, Signor Zani.

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