Viktor Orban à Budapest, le 3 avril. DENES ERDOS/AP/SIPA / DENES ERDOS/AP/SIPA
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Le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé dimanche 5 vril la découverte de sacs à dos contenant des explosifs à Kanjiza, dans le nord de la Serbie, à proximité du tracé du gazoduc Balkan Stream. Une information qui a aussitôt semé le trouble en Hongrie voisine, dont l’approvisionnement en gaz dépend à 60 % de ce pipeline. Le point sur ce nouvel incident, qui survient en pleine crise diplomatique avec l’Ukraine et à une semaine des élections législatives hongroises.
Deux sacs retrouvés
Deux sacs, contenant « de larges paquets d’explosifs et des détonateurs », ont été retrouvés par la police et l’armée « à quelques centaines de mètres du gazoduc », a précisé Aleksandar Vučić, saluant « le bon travail des services de renseignements » serbes.
« J’ai informé le Premier ministre hongrois des premiers éléments de l’enquête menée par nos autorités militaires et de police sur la menace visant cette infrastructure gazière critique », a-t-il ajouté, sans évoquer de possibles suspects ou motifs.
Il a simplement mentionné « des traces », dont il ne pouvait rien dire dans l’immédiat, et précisé que l’explosif aurait eu la capacité de « menacer de nombreuses vies » et de causer des dégâts significatifs au gazoduc.
Nationaliste et conservateur, Aleksandar Vučić est un proche de Viktor Orbán. Son pays, la Serbie, est officiellement candidate à l’adhésion à l’Union européenne mais joue un double jeu dans ses liens avec la Russie de Vladimir Poutine. Aleksandar Vučić s’est ainsi rendu plusieurs fois à Moscou à l’invitation de ce dernier, notamment pour assister à la parade militaire annuelle du 9 mai. La Serbie est l’un des rares pays européens à ne pas avoir imposé de sanctions à la Russie après son invasion de l’Ukraine.
Réaction d’Orbán
Soulignant que ce gazoduc était « une infrastructure gazière essentielle », Viktor Orbán a réuni le Conseil national de défense dimanche après-midi. A l’issue de cette réunion, il a évoqué une « tentative de sabotage » et indiqué que la Serbie avait renforcé la protection du pipeline. « Une crise énergétique sans précédent attend l’Europe, et les pays européens auront de plus en plus besoin d’énergie russe », assure le chef du gouvernement hongrois, qui s’est lancé dans une diatribe contre l’Ukraine.
« L’Ukraine travaille depuis des années à couper l’Europe de l’énergie russe. Ils ont fait exploser NordStream, ils ont fermé le pipeline alimentant la Hongrie, et ils ont placé la Hongrie sous blocus pétrolier en fermant l’oléoduc Droujba, tout en attaquant sans relâche la partie russe de Turkstream. Les agissements de l’Ukraine menacent directement la Hongrie. »
« Ce pipeline est notre ligne de vie. S’il est coupé, l’économie hongroise sera à l’arrêt, des centaines de milliers de familles se retrouveront sans gaz », a-t-il ajouté dans une vidéo, indiquant que les forces armées hongroises étaient prêtes à placer le gazoduc « sous protection militaire, et si besoin, à le défendre ».
Crise entre Budapest et Kiev
Balkan Stream, prolongement de Turk Stream qui passe sous la mer Noire, est destiné à transporter le gaz russe vers la Serbie et la Hongrie. Les deux pays en sont largement dépendants puisque l’immense majorité de leur gaz provient de Russie, pour un prix bien inférieur au prix du marché en Europe.
Au cours des dernières semaines, Viktor Orbán a accusé Kiev de retarder délibérément les réparations de l’oléoduc Droujba, qui transite par l’Ukraine. Kiev affirme que l’ouvrage, qui achemine du pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie, a été endommagé par des frappes russes fin janvier. En représailles, Viktor Orban a décidé de bloquer un prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Des figures de l’opposition hongroise et des dirigeants européens accusent Viktor Orbán d’accorder une importance exagérée à cette affaire pour dynamiser sa campagne.
Réaction de Magyar
Le leader du parti Tisza, Péter Magyar, qui devance le Fidesz de Viktor Orbán dans presque tous les sondages dans la dernière ligne droite de la campagne électorale hongroise, a fait état de ses doutes quant à ce nouvel incident sur X, laissant entendre que cet incident pourrait être une opération « sous faux pavillon » orchestrée dans le but de perturber les élections du 12 avril.
« Depuis des semaines, nous recevons des avertissements provenant de multiples sources selon lesquels Orbán – qui bénéficierait de l’aide de la Serbie et de la Russie – pourrait envisager de franchir une nouvelle ligne rouge », affirme-t-il. « Beaucoup de gens ont laissé entendre qu’un incident pourrait se produire ’accidentellement’ en Serbie, peut-être en rapport avec un gazoduc, aux alentours de Pâques », a-t-il ajouté, demandant à être invité à la réunion du Conseil national de défense.
« J’appelle en outre Viktor Orbán à cesser […] de semer la panique et de provoquer des troubles », exhorte-t-il, assurant que le Premier ministre sortant « ne pourra pas empêcher la tenue des élections de dimanche prochain. Il ne pourra pas empêcher des millions de Hongrois de mettre un terme aux deux décennies les plus corrompues de l’histoire de notre pays. »

