April 6, 2026

"Je me réveille et je le vois inanimé" : après la mort de son ami dans un accident, un jeune conducteur condamné à trois ans de prison ferme

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Jugé devant le tribunal correctionnel de Toulouse, un jeune homme de 20 ans a été condamné à quatre ans de prison, dont trois fermes, après un accident mortel survenu en mai 2025. Sous l’emprise d’alcool et de protoxyde d’azote, il avait pris le volant malgré la pluie. Son passager, son ami Bassou, n’a pas survécu.

“Dès que je ferme les yeux, je le revois. C’est un fardeau que je porterai toute ma vie. C’était mon ami. On était sur la route pour faire un barbecue”, raconte Ilyes dans le box.

À 20 ans, le visage fin et dénué de pilosité, la voix à peine audible, le jeune prévenu garde les yeux fixés au sol. Il ne se défausse pourtant pas. “J’accepterai ma peine”, assure-t-il en direction du tribunal correctionnel de Toulouse.

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Son président, Noël Picco, rappelle alors les circonstances du drame. “Le 22 mai 2025, il était 16 heures. Vous aviez bu, il pleuvait, vous aviez consommé du protoxyde d’azote et pourtant vous prenez la route. Vous aviez conscience que vous n’auriez pas dû ?”, interroge le magistrat.

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“Je le sais. À cette époque j’étais con et perdu. Mais un an de prison, ça fait changer”, répond Ilyes, submergé par l’émotion. Il s’interrompt, puis reprend : “J’ai compris qu’en une seconde tout pouvait basculer.”

Le président l’interroge ensuite sur ses souvenirs de l’accident. Le jeune homme prend une profonde inspiration. “Je n’en ai que très peu. Je me souviens juste que je me réveille et que je vois Bassou inanimé. Alors j’ai essayé de lui faire un massage cardiaque…”

Un père digne

Ilyes ne peut poursuivre. Les sanglots gagnent la salle d’audience, où se trouvent la famille et les amis de la victime.

C’est au tour de leurs avocates de s’exprimer. Me Hélène Bonafé prend la parole la première et évoque Bassou : “Un jeune homme aimé de tous et plein de projets.” Elle salue ce procès comme “une étape importante dans le deuil des parents”.

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Me Ophélie Dormières décrit, elle, “une douleur que rien n’apaise, que rien ne réparera”. L’avocate s’incline ensuite devant l’extrême dignité du père de Bassou, “cet homme qui souffre mais demande au tribunal de ne pas accabler le prévenu”.

Dans leur sillage, le procureur requiert quatre ans de prison, dont deux fermes et deux assortis d’un sursis probatoire.

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Vient ensuite le tour de la défense, incarnée par Me Amaury Palasset, dont la “tâche est immense”. L’avocat débute en saluant l’élégance des plaidoiries de ses consœurs et du ministère public. Puis il raconte le parcours d’Ilyes : “Un homme orphelin de son père, à la rue au moment des faits, parfois hébergé par son ami Bassou.”

Me Palasset rappelle alors au tribunal que “juger, c’est comprendre l’avant et l’après de l’irréparable”. Il insiste aussi sur l’attitude de son client : “À aucun moment vous ne trouverez dans ses propos l’ombre d’une tentative de justification.”

L’avocat précise enfin que la sœur d’Ilyes serait prête à l’héberger dans le cadre d’une détention à domicile. Le tribunal n’a pas retenu cette option. Ilyes est condamné à quatre ans de prison, dont trois ans ferme et un an assorti d’un sursis probatoire.

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