April 4, 2026

Emploi : de plus en plus de salariés et retraités ont recours au "jobbing" en cumulant les activités

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Salariés et retraités sont de plus en plus nombreux à cumuler plusieurs activités en pratiquant le “jobbing”. Derrière cette progression mesurée, des logiques différentes coexistent : choix d’appoint, adaptation aux contraintes du marché du travail ou levier d’activité des seniors.

En France, le cumul d’activités, souvent regroupé sous le terme de “jobbing”, recouvre des situations contrastées selon qu’il concerne les salariés en emploi ou les retraités. Dans les deux cas, il s’inscrit dans une transformation progressive des formes de travail, sans pour autant traduire une évolution uniforme ni massive.

7,8 % de l’emploi total

Du côté des salariés, la pluriactivité concerne 2,4 millions de personnes fin 2022, soit 7,8 % de l’emploi total selon l’Insee. Parmi eux, près de deux tiers cumulent plusieurs emplois salariés, représentant 6,1 % des salariés à titre principal. Cette proportion apparaît globalement stable depuis 2021, après une baisse continue observée au cours des années 2010. Le phénomène n’est donc pas en expansion rapide, mais il s’installe durablement dans le paysage du travail.

La pluriactivité se concentre très largement dans le secteur tertiaire, qui regroupe plus de 90 % des situations. Elle atteint des niveaux particulièrement élevés dans certains segments, notamment chez les particuliers employeurs, où plus d’un salarié sur deux cumule plusieurs emplois. Dans l’action sociale ou l’enseignement, elle demeure également significative. Ces configurations reposent souvent sur des emplois à temps partiel ou fractionnés, qui incitent à multiplier les employeurs pour stabiliser les revenus.

Le jobbing, entre complément de revenu et recomposition du travail.
Le jobbing, entre complément de revenu et recomposition du travail.
DR

Les femmes sont majoritaires parmi les pluriactifs (61,1 %), ce qui reflète la structure sectorielle des emplois concernés. Cette surreprésentation interroge également sur la qualité des emplois occupés et sur la persistance d’inégalités dans l’accès à des postes à temps complet.

Si la pluriactivité peut relever d’un choix – diversification des revenus, développement d’une activité indépendante, recherche d’autonomie –, elle s’inscrit aussi dans un contexte de transformation du salariat. La part des emplois précaires (CDD, intérim) atteint 16 % aujourd’hui, contre 7 % en 1980.

Critiques syndicales sur une précarisation

Sans qu’une hausse récente de la pluriactivité ne traduise directement une aggravation de la précarité, le cumul d’emplois peut apparaître comme une réponse à la fragmentation du travail.

Les organisations syndicales en donnent une lecture critique. Elles dénoncent une multiplication des “petits jobs” souvent subis, qui morcellent les trajectoires professionnelles et fragilisent les collectifs de travail. Selon elles, la pluriactivité ne constitue pas un modèle durable mais le symptôme d’un marché du travail insuffisamment stabilisé.

Certaines analyses plus nuancées reconnaissent néanmoins qu’elle peut aussi correspondre à des stratégies individuelles choisies.

Retraités : cumul volontaire plutôt que contraint

Chez les retraités, la dynamique obéit à des logiques différentes. En 2023, environ 606 000 personnes cumulent emploi et retraite, soit 4,2 % des retraités de 55 ans et plus. Ce chiffre, en progression depuis une décennie, reste modeste. La plupart des activités exercées sont à temps partiel (71 % des cas), avec des revenus moyens d’environ 9 000 euros annuels.

Contrairement à une lecture strictement sociale du phénomène, les données disponibles montrent que les retraités concernés disposent en moyenne de pensions plus élevées que l’ensemble des retraités (+ 20 %). Le cumul emploi-retraite apparaît ainsi souvent comme un complément volontaire, permettant de maintenir une activité ou d’améliorer le niveau de vie, plutôt que comme une nécessité économique généralisée. Le phénomène reste d’ailleurs marginal chez les plus âgés, notamment après 70 ans.

Son développement est néanmoins encadré par un système complexe. Les règles varient selon l’âge de départ à la retraite, la durée d’assurance ou encore les conditions de reprise d’activité. Des plafonds de revenus, des délais en cas de retour chez le même employeur et des mécanismes d’écrêtement limitent son attractivité. La Cour des comptes souligne également un manque de lisibilité et des difficultés de contrôle. Comparée à d’autres pays européens, la France se distingue par un cadre plus restrictif.

Au final, le jobbing recouvre donc deux réalités distinctes et, s’il reste minoritaire, il constitue un indicateur des mutations en cours du marché du travail et du rapport à l’activité.

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