L’île et l’ancienne prison fédérale d’Alcatraz, dans la baie de San Francisco, le 26 octobre 2022. Le budget 2027 de la Maison-Blanche prévoit une dépense de 152 millions de dollars pour commencer à préparer la réouverture de la prison. IMAGE OF SPORT/SIPA USA
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Le projet de budget 2027, annoncé vendredi 3 avril par la présidence américaine à quelques mois des élections législatives de mi-mandat, verrait les dépenses militaires des Etats-Unis s’envoler à 1 500 milliards de dollars (1 300 milliards d’euros) l’an prochain, selon les documents publiés par l’exécutif.
Il s’agirait d’un record dans l’histoire récente de la première puissance mondiale, si le Parlement, pour l’instant contrôlé de justesse par le parti du président républicain, valide la proposition en l’état.
L’augmentation serait précisément de 445 milliards de dollars par rapport au budget de défense fixé pour 2026. Elle « soutient le programme de “paix par la force” du président Trump », selon la Maison-Blanche.
Les dépenses non militaires, elles, baisseraient dans l’ensemble de 10 % en 2027, a précisé l’exécutif américain. Des coupes sont prévues dans plusieurs programmes auxquels la Maison-Blanche reproche de promouvoir des approches progressistes sur le genre, une notion que rejette la droite radicale américaine, sur les discriminations raciales ou sexuelles, dont l’exécutif américain conteste la réalité, ou sur le changement climatique, dont Donald Trump nie l’existence.
Certaines dépenses sociales, éducatives ou liées à la santé sont fortement réduites dans ce projet orchestré par le directeur du budget Russel Vought. Il applique les principes énoncés dans l’ultra-conservateur « Projet 2025 », dont il a été la tête pensante.
Dans ses plans, la principale agence de recherche médicale publique, les Instituts nationaux de la santé (NIH), voit son budget baisser de 5 milliards de dollars. Les projets d’aide au développement ou d’assistance humanitaire voient aussi leurs enveloppes amputées de plusieurs milliards de dollars, selon le projet détaillé publié vendredi.
Ce dernier prévoit en revanche d’augmenter fortement les dépenses liées à la politique anti-immigration de Donald Trump, ainsi qu’à d’autres missions sécuritaires.
Rouvrir Alcatraz : 152 millions pour commencer un projet de 2 milliards
La Maison-Blanche demande par exemple de consacrer 152 millions l’an prochain au projet de réouverture de la célèbre prison d’Alcatraz, cher au président américain.
Cette demande de financement, inscrite dans le projet de budget 2027 de la Maison Blanche, couvrirait la première année des travaux de transformation de l’ancienne prison pour en faire un « établissement pénitentiaire sécurisé à la pointe de la technologie », selon les autorités.
Le site d’information politique Axios, citant des responsables de l’administration, a rapporté que l’ouverture d’un complexe pénitentiaire supermax, plus haut de degré de sécurité pour une prison, nécessiterait une construction entièrement nouvelle, ce qui porterait le coût total à environ 2 milliards de dollars.
Les Etats-Unis ont déjà, et de très loin, le plus important budget de défense au monde.
L’institut de recherche Peter G. Peterson avait identifié en 2024 les pays réalisant les plus fortes dépenses militaires. Celui de l’Amérique pesait davantage que ceux, combinés, des neuf Etats qui la suivent dans le classement.
« Et maintenant Trump veut que nous dépensions à nous seuls plus que les 34 PAYS QUI NOUS SUIVENT », a critiqué sur Bluesky l’élu démocrate Mark Pocan.
Ce projet de budget de défense est publié après plus d’un mois de la guerre lancée contre l’Iran qui coûterait jusqu’à 2 milliards de dollars par jour, ont appris les médias américains, après des réunions entre parlementaires et représentants du gouvernement.
Des élus réticents, même chez les républicains
Le processus législatif promet d’être ardu, surtout avec l’échéance des « mid-terms » à l’horizon.
Certains conservateurs dans le camp de Donald Trump renâclent face à un projet de budget qui ne fera rien pour alléger la très lourde dette publique américaine, laquelle dépasse déjà 39 000 milliards de dollars. Et un sénateur républicain a déjà fait savoir qu’il s’opposerait au projet, pour des raisons constitutionnelles.
« Je soutiens les mesures prises par le président pour défendre nos intérêts en matière de sécurité nationale au Moyen-Orient. Mais nous devons garder les yeux grands ouverts face à l’histoire et à la Constitution », a écrit sur X ce sénateur de l’Utah, John Curtis.
« Si je suis favorable au maintien de notre état de préparation et à la reconstitution de nos stocks, je ne peux toutefois pas approuver le financement de nouvelles opérations militaires sans une déclaration de guerre officielle du Congrès », a-t-il ajouté.
Des représentants de l’opposition démocrate, qui espère reprendre le contrôle du Congrès lors des élections en novembre, ont eux aussi critiqué la demande faite par l’exécutif.
« Les Américains veulent des dépenses de santé, pas des dépenses de guerre », ont ainsi protesté les élus démocrates à la Chambre des représentants, qui, avec le Sénat, compose le Parlement américain.

