April 3, 2026

Guerre en Ukraine : une usine irlandaise expédie sa production en Russie pour fabriquer des chars et des missiles, en toute légalité

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Une enquête du Irish Times révèle qu’une usine du sud-ouest de l’Irlande expédie massivement de l’alumine vers la Russie, où elle finit dans la chaîne de fabrication d’armes.

L’aluminium irlandais serait-il le carburant de l’armée rouge ? Alors que Dublin affiche un soutien sans faille à l’Ukraine, ses exportations industrielles semblent alimenter indirectement les arsenaux du Kremlin.

De l’Eire à la Sibérie

L’enquête menée par le journal Irish Times avec l’appui du consortium de journalistes d’investigation Organized crime and corruption reporting project (OCCRP) démontre un circuit complexe : l’alumine irlandaise, produite dans l’usine d’Aughinish, dans le sud-ouest du pays, est envoyée dans des fonderies russes appartenant au géant Rusal. Ce matériau est ensuite vendu à la société ASK, qui approvisionne des dizaines de fabricants d’armes russes. Ces usines produisent les chars, missiles de croisière et bombardiers utilisés dans le conflit ukrainien.

“L’alumine n’a pas été sanctionnée, mais nous sommes préoccupés par les informations selon lesquelles une partie de ce matériau finit par contribuer à l’effort de guerre russe”, a reconnu le Premier ministre irlandais Micheál Martin lors d’un déplacement à Varsovie ce 1er avril 2026.

Un lobbying intense pour exempter l’usine

La situation est d’autant plus délicate que le gouvernement irlandais a activement plaidé auprès de Washington et Bruxelles pour que l’usine d’Aughinish soit épargnée par les sanctions. L’argument invoqué est la souveraineté industrielle : le site fournit près de 30 % de l’alumine nécessaire aux secteurs de l’aviation et de l’automobile en Europe.

Pour le Premier ministre, il s’agit de trouver “un juste équilibre” pour nuire à Moscou sans “punir” l’industrie européenne ou menacer les emplois locaux dans le Midwest irlandais.

Vers de nouvelles sanctions ?

De son côté, Aughinish Alumina assure opérer “en stricte conformité avec toutes les lois applicables de l’Union européenne”. Pourtant, l’envoyé spécial de la Commission européenne, David O’Sullivan, a déjà laissé entendre qu’une mise sous embargo de l’alumine pourrait devenir nécessaire.

Si cette mesure était adoptée, elle rendrait illégale toute vente à la Russie, mais mettrait en péril un pilier économique du comté de Limerick, dont les retombées se chiffrent en dizaines de millions d’euros pour la région.

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