Guerre et répression en Iran bouleversent la diaspora. À Toulouse, Arash, réfugié politique et restaurateur, raconte la perte de trois cousins et dénonce un régime meurtrier. Son espoir : voir enfin le peuple décider librement de son avenir.
Il veut rester calme mais ne cache pas son inquiétude. On retrouve Arash, 36 ans, dans son établissement à Toulouse. Il vient de tenter d’avoir sa famille à Téhéran. En vain. La communication a duré 30 secondes et a été violemment interrompue. “Je suis réfugié politique depuis sept ans, explique ce natif de Téhéran. J’ai combattu la politique des mollahs et j’ai eu la chance de pouvoir venir à Toulouse : une ville accueillante et ouverte où je me sens en sécurité. En 2024, j’ai ouvert ce restaurant de spécialités perses maison”.
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En Iran, Arash a tenu un restaurant durant onze ans, exprimant ainsi sa passion pour la cuisine, même si, au départ, il avait choisi la musique : “En Iran, on ne décide pas de son métier. Un artiste est toujours vu comme quelqu’un de revendicatif, de rebelle et donc, à long terme, d’ennemi du pouvoir et coupable. La musique, comme toute forme d’art, est une expression qui effraie les esprits endoctrinés et malades”.
“Le peuple doit décider de son avenir”
Fin 2025, la répression des manifestations a fait un nombre incalculable de victimes dans le pays : “Ce sont de véritables meurtres qui ont été perpétrés par les mollahs, estime Arash, qui a perdu trois de ses cousins. Le chiffre de victimes annoncé est bien plus élevé. La répression a semé la mort partout dans ma famille et le voisinage. Ce sont au moins 50 000 personnes qui ont été tuées, voire achevées dans les hôpitaux”. Il ajoute : “Ceux qui ont les armes ont toujours le pouvoir. Et cela fait quarante-neuf ans que cela dure. Tous les trois ans, il y a des manifestations et puis plus rien. Tout continue comme avant. On perd des proches pour rien. Il n’y avait rien d’autre à faire que de supprimer le guide suprême Ali Khamenei. Même si je m’interroge sur la suite”.
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Si Arash déplore bien sûr cette guerre, il la comprend : “Malheureusement, sans la guerre et ses horreurs, le pouvoir des mollahs est indétrônable”. Il dit bien connaître ce gouvernement : “Ce sont des fous, des personnes fanatiques, portées par le désir de mort et de martyre”. Si Arash dit sa confiance envers les États-Unis et Israël, il craint la suite : “L’inflation est déjà très présente. Je crains la famine dans le pays”. Si lui voit bien Reza Pahlavi, le fils du chah d’Iran, prendre le pouvoir, il considère que c’est au peuple de décider de son sort et non à Trump : “On veut être libre de notre avenir. Reza Pahlavi pourrait amener une transition démocratique et une monarchie constitutionnelle laïque. On veut l’égalité entre les hommes et les femmes. Elles représentent la vie et sont l’avenir du pays. Elles se sont tant battues pour leur liberté”. Il conclut : “Il y a juste une chose que les Iraniens n’ont pas comprise : pourquoi la France a hésité à inscrire les Gardiens de la Révolution sur la liste des terroristes comme demandé par l’Union européenne ?”.

