March 30, 2026

La retraite à 65 ans… la nouvelle proposition choc de Bercy

l’essentiel
Le COR vient de commander trois études pour équilibrer le régime des retraites qui a plongé dans le rouge. Parmi les solutions figure une mesure choc proposée par les experts du Trésor : repousser l’âge de départ à 65 ans.

C’est le serpent de mer qui revient sans cesse. À peine le chapitre des élections municipales clos, le régime français des retraites refait surface et, avec lui, la grande question de son financement. Poser la question de la soutenabilité du régime de retraite par répartition hérité de l’après-guerre, c’est déjà constater qu’il y a un problème à traiter. Et pour cause : après un déficit du régime général des retraites de 1,7 milliard en 2024, les prévisions tablent sur un trou de 5 milliards en 2026. En 2030, la situation vire sérieusement au rouge avec 6,6 milliards à trouver tous les ans pour équilibrer les comptes.

Trois pistes à l’étude, une seule est efficace

Comment y parvenir ? C’est ce que vient de demander le Conseil d’orientation des retraites (COR) en commandant trois études : l’une au Trésor, l’autre à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la troisième à l’École d’économie de Paris. Un des leviers à actionner a été immédiatement écarté. Il s’agit de la baisse des pensions de retraite, par exemple en gelant leur revalorisation. Impensable politiquement alors que la question du pouvoir d’achat, menacé par la hausse des prix de l’énergie, revient sur le devant de la scène.

On se souvient aussi du tir de barrage essuyé par le gouvernement quand il envisageait de supprimer l’abattement de 10 % dont bénéficient les retraités pour leur déclaration de revenus. Une mesure finalement abandonnée dans le budget 2026.

8 à 10 milliards d’économie par an

Quant au second levier : la hausse des cotisations retraite, la classe politique s’accorde sur le fait que ce ne serait soutenable ni par les salariés ni par les employeurs, déjà perclus de prélèvements. C’est pour cette raison que Bercy privilégie (encore une fois) le report de l’âge de départ à la retraite. Non pas à 64 ans, comme a tenté de l’instaurer la réforme du gouvernement d’Élisabeth Borne avant que les socialistes n’obtiennent sa suspension, mais bien un recul jusqu’à 65 ans. La mesure permettrait d’économiser entre huit et dix milliards d’euros par an lorsque la réforme donnerait sa pleine puissance, soit de quoi éponger le déficit structurel.

Seul le décalage de cette borne d’âge permettrait, selon les experts du ministère de l’Économie, de remettre à l’équilibre le régime des retraites, car il présente deux avantages : on repousse le versement des pensions d’un an et, en même temps, on fait travailler un an de plus les salariés et fonctionnaires, ce qui augmente automatiquement le volume des cotisations.

Les présidentielles comme juge de paix

Si, sur le papier, les experts tiennent la potion pour guérir le malade, politiquement, cet allongement à 65 ans est inapplicable. Déjà passé au forceps, le décalage à 64 ans est en “stand-by” depuis l’adoption du budget. Les premières générations à bénéficier du gel de la réforme Borne sont les personnes nées en 1964. Elles pourront partir à taux plein à 63 ans et neuf mois au lieu de 64 ans, en cotisant 170 trimestres au lieu de 171. Les personnes nées en 1969 et 1970 atteindront l’âge légal de la retraite à 64 ans et 172 trimestres. Ce nouveau barème ne tiendra normalement que jusqu’en 2027, puisque l’idée de ce gel est d’utiliser les élections présidentielles de l’an prochain comme juge de paix.

Chaque candidat devra se positionner et donner son cap pour ou contre le recul de l’âge légal de départ (lire page 3). Difficile pour un candidat de promettre de travailler davantage, car ce n’est pas très populaire. Pourtant, les Français sont déjà bien conscients du naufrage du système actuel, puisque, selon un sondage Elabe de février 2025, 59 % des Français sont favorables à une dose de capitalisation en complément du régime par répartition. La voie de passage est peut-être là.

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