March 29, 2026

"Doubler la production en deux ans" : pourquoi des éleveurs misent sur les bouses de vache pour faire face à la flambée du prix du gaz

l’essentiel
Dans un contexte international marqué par l’envolée du coût des énergies, le gaz vert issu de la biomasse pourrait bien tirer son épingle du jeu pour garantir une meilleure stabilité des prix et assurer une plus grande souveraineté énergétique du pays. Exemple dans le Gers, où les objectifs fixés pour 2028 sont ambitieux.

Le fumier et le lisier des élevages seront-ils l’avenir de la consommation de gaz dans le Gers ? S’il est présomptueux de l’affirmer aujourd’hui, la guerre au Moyen-Orient pose d’une manière un peu plus prégnante la question de la souveraineté énergétique du département, et plus généralement du territoire national, soumis comme ses voisins européens à la récente flambée du prix du gaz*.

Dans ce contexte international instable, la production de gaz vert s’affirme plus que jamais comme un enjeu majeur pour les collectivités. “C’est un engagement du Département et de la région Occitanie de produire du gaz vert, confirme Fabien Noirot, directeur territorial de GRDF (Occitanie et Pyrénées-Sud). La Région s’est engagée à produire 20 % de gaz vert en 2030.”

“Le Gers est un département où il y a un gros gisement de biomasse”

De son côté, l’État encourage cette filière par la mise en place depuis le 1er janvier 2026 des certificats de production de biogaz, qui visent à imposer aux fournisseurs de gaz naturel un quota de biogaz en fonction de la quantité de gaz fournie à leurs clients, sous peine de pénalités financières.

Pour atteindre les objectifs ambitieux fixés par les autorités, pas d’alternative : il faut ouvrir davantage de méthaniseurs dans la Région, et notamment le Gers, qui en compte aujourd’hui une demi-douzaine. “Le Gers est un département où il y a un gros gisement de biomasse, avec un équivalent de 2 térawattheures (TWh)”, indique Fabien Noirot. À titre de comparaison, la centrale de Golfech a produit l’an dernier 11,4 TWh, l’équivalent de la consommation de 2,3 millions de foyers.

Fabien Noirot (en arrière-plan), directeur territorial de GRDF.
Fabien Noirot (en arrière-plan), directeur territorial de GRDF.
DDM – VCL

Face aux besoins grandissants, certains agriculteurs sont déjà prêts à passer à la vitesse supérieure, à l’image de Jean-Michel Dossat. Exploitant à Belloc-Saint-Clamens, il a fait installer en 2024 une unité de méthanisation qui assure l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville comme Mirande. “J’ai un projet d’agrandissement, annonce-t-il. L’objectif est de doubler la production en deux ans”.

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À la tête d’un élevage de 400 taurillons, qui produisent tous les 20 jours une centaine de tonnes de fumier, à laquelle est ajouté du lisier provenant de plusieurs exploitations voisines, l’agriculteur détaille : “Actuellement, je suis à 45 tonnes de matière (NDLR : qui alimentent chaque jour le méthaniseur). Si je fais un autre digesteur, je vais monter à 90 tonnes et je resterai sous le seuil légal fixé à 100 tonnes. Comme j’ai beaucoup de gens qui me proposent de la matière, ce qui était un frein ne l’est plus.”

Des projets toujours bloqués

Des unités comme celles-ci, il en faudrait donc davantage pour permettre au Gers d’atteindre ses objectifs, les projections de l’ADEME estimant que “70 % de la consommation de gaz du Gers sera produite en gaz vert” en 2028. Problème : tous les autres projets récents de méthaniseurs sont actuellement bloqués par des recours, à Gazaupouy, Lamazère et Castelnau-Barbarens. “Il y a un travail avec les agriculteurs et les instances institutionnelles pour faire en sorte que ça aille dans le bon sens, souligne Fabien Noirot. Si on faisait trois ou quatre méthaniseurs supplémentaires, on serait très vite à 20-25 % de la consommation du Gers.”

Pour Jean-Michel Dossat, pas de doute : la production de gaz vert est une réponse concrète face aux enjeux actuels : “Avec la flambée du prix du gaz et Poutine qui menace de fermer le robinet à l’Europe, c’est important de garantir l’indépendance énergétique.”

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Un constat partagé par Fabien Noirot : “Comme le gaz est stockable, ça permet d’avoir une stabilité des prix dans la durée et de ne plus dépendre du contexte international”. Le directeur territorial de GRDF voit même dans cette filière une opportunité historique pour le tissu agricole et économique gersois. “Le Gers a les agriculteurs. Je crois qu’il a besoin d’avoir des entreprises renforcées et consolidées pour l’avenir. Ça crée des emplois pour les jeunes qui veulent reprendre.”

Reste à convaincre l’ensemble de la population, en particulier les riverains des exploitations, du bien-fondé des projets en cours. Et cela, c’est une autre paire de manches.

(*) Le cours du TTF néerlandais (prix de référence en Europe) a augmenté de 35 % le 19 mars.

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