March 26, 2026

Procès en appel de la CR 47 à Agen : une première journée de débats entre défense du monde agricole et échanges parfois cocasses

l’essentiel
Le procès en appel de la CR 47 et de plusieurs de ses membres s’est ouvert ce jeudi 26 mars devant la cour d’appel d’Agen. La première journée de débats a été marquée par les cris de détresse du monde agricole et, parallèlement, la difficulté du syndicat à reconnaître ses actes.

“Foutez-nous la paix, laissez-nous travailler.” Telle est la devise de la Coordination rurale (CR). Ses représentants sont prêts à tout pour porter ce message. Même devant la justice.

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À l’image de ces jeudi 26 et vendredi 27 mars. Lors de ces deux jours, l’antenne lot-et-garonnaise est de retour devant le tribunal. Pour rappel, la CR 47, son président José Pérez et une vingtaine de ses membres avaient été jugés par le tribunal correctionnel d’Agen les 14, 15 mai et 26 juin 2025. Ils avaient répondu de divers faits, entre autres commis dans le cadre des grandes mobilisations agricoles de 2024. Dégradation de bâtiments publics, dépôt illégal de déchets, outrages et actes d’intimidation envers des personnes dépositaires de l’autorité publique…

La CR relaxée en première instance

En juillet dernier, la relaxe totale avait été prononcée pour la CR 47. Seuls quelques agriculteurs – dont José Pérez – avaient été condamnés à des amendes ou à de la prison avec sursis. Par la suite, Olivier Naboulet, procureur de la République, avait interjeté appel. Raison pour laquelle la cour d’appel d’Agen étudie à nouveau les dossiers ces 26 et 27 mars.

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Jeudi matin, José Pérez porte sa fidèle veste noire sur les épaules. Avec, bien entendu, le slogan du syndicat inscrit dans le dos. Le signal est clair. La présidente d’audience rappelle les différentes affaires. Les détritus déposés sur la voie ferrée à Colayrac, les moult radars dégradés dans les quatre coins du département, les actes d’intimidation envers l’Office français de la biodiversité (OFB) à Clairac

“Comprenez que les agriculteurs soient en colère”

Pour chacun des faits, le président de la CR 47 appuie sur le bouton rouge. Il rappelle la “détresse du monde agricole”. “Le traumatisme vécu par les agriculteurs, on n’en parle pas ?” Parfois, les déclarations s’écartent légèrement des débats. “Sur un kilo de pommes Pink Lady vendu quatre ou cinq euros en supermarché, on récupère à peine 50 centimes, évoque-t-il. Moi, j’appelle ça du vol. Comprenez que les agriculteurs soient en colère…”

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Maître Christophe Dejean, avocat défendant les intérêts du syndicat et de ses membres, vole au secours de ses clients. “Ces gens ont un genou à terre, martèle-t-il. Ils n’ont rien d’autre que leur souffrance.”

“On sombre dans la délinquance”

Le ministère public entend. Seulement, une question se pose : cette détresse justifie-t-elle les actions menées par la CR 47 ? “Vous avez le droit de manifester, affirme le procureur général de la République. Mais la ligne rouge est franchie lorsque vous vous servez de cette souffrance pour justifier vos actes. Là, on sombre dans la délinquance.”

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Pendant l’audience, les membres du syndicat ont du mal à reconnaître leur implication dans les faits reprochés. Même quand les preuves sont accablantes. Ce qui donne lieu à des échanges ubuesques entre la cour et les prévenus. Dans un premier temps, ça agace. “De qui se moque-t-on ? La CR 47 n’assume pas ses actes alors qu’elle appelle à les commettre sur ses réseaux sociaux ! Un peu de sérieux…”, tonne le ministère public. Puis, parfois, face à tant d’ironie, les débats deviennent cocasses et font rire la salle – plus ou moins jaune selon la fonction occupée.

Des amendes entre 10 000 et 30 000 requises

Dans l’ensemble des dossiers abordés, le parquet requiert la condamnation de la CR 47 et de ses membres. Plusieurs lourdes amendes sont sollicitées à l’encontre de l’antenne lot-et-garonnaise, comprises entre 10 000 et 30 000 euros, ainsi qu’une interdiction de bénéficier d’aides publiques pendant deux ans. “C’est donc la mort du syndicat qui est demandée aujourd’hui…”, reproche maître Dejean.

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Le procureur général requiert également 200 jours-amendes de 10 euros à l’encontre de Patrick Franken, ex-président de la chambre d’agriculture, pour ses outrages à l’encontre de policiers. Quant à José Pérez, la même peine a été requise pour l’affaire des dégradations au centre Leclerc de Marmande, ainsi qu’un an de prison avec sursis probatoire pour les actes d’intimidation envers les agents de l’OFB.

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La cour d’appel rendra ses arrêts le mardi 16 juin. En attendant, les débats vont encore se poursuivre ce vendredi 27 mars au matin pour traiter les dossiers restants.

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