Face à une désertion croissante des clients, plusieurs boutiques du centre-ville de Moissac s’apprêtent à fermer leurs portes.
Une nouvelle vague de fermetures s’apprête à toucher les commerçants du centre-ville de Moissac. Au moins trois commerces rue de la République, en plein centre-ville historique, cherchent un repreneur. Au numéro 11, l’aventure de cette enseigne de prêt-à-porter s’achèvera dès la fin du mois d’avril. “Ça ne sert plus à rien de continuer, il n’y a plus personne”, explique Manu, cogérant du magasin. “On s’est installés à Moissac car c’était une ville très vivante avec beaucoup de passage et de nombreuses animations”, raconte-t-il. “On avait énormément de monde qui venait le samedi matin grâce au marché, mais même ça, ça n’attire pas autant de personnes qu’avant”, remarque-t-il.
Manu le reconnaît, faire du prêt-à-porter en 2026 n’est pas très tendance. “On souffre de la concurrence avec toutes les plateformes d’ultra fast-fashion, comme Shein. Même les clientes nous le disent, c’est forcément moins cher sur ces sites”, rapporte le commerçant. Le climat morose de ces derniers mois se fait également ressentir. “Dès la fin de l’année 2025, on a constaté une baisse progressive de la fréquentation. Mais janvier et février, c’était vraiment mortel. Entre le mauvais temps, les guerres, les crises économiques… Tout ça, ça crée une dynamique très négative et les gens ne veulent plus passer dans les commerces du centre-ville pour faire des boutiques”, analyse-t-il.
Un manque de soutien
Manu et Philippe ont renoncé à attendre la saison estivale pour tenter de profiter de l’affluence touristique. “Il faut savoir s’arrêter tant qu’il est encore temps. Le loyer et les charges sont chers”, souligne Manu. “En plus, on ne se sent pas très soutenus par la ville. Il n’y a presque aucune animation pour tenter d’amener du passage dans le centre-ville”, estime Manu. “Monsieur Lopez ne fait que parler d’insécurité. Ça donne une mauvaise image de la ville ! Donc notre clientèle hors Moissac ne vient plus non plus”, rapporte le commerçant.
La question a d’ailleurs été abordée lors du conseil municipal d’installation vendredi dernier. L’élue d’opposition Séverine Laurent avait alors interrogé Romain Lopez en demandant la création d’une commission spéciale afin d’aider les commerçants. “Les commerces ouvrent et ferment, c’est comme cela. On espère, bien sûr, qu’il y en ait plus qui s’ouvrent à Moissac”, avait alors répondu le premier édile.
Fin avril, Manu tournera la page Moissac. “On va proposer des prix soldés jusqu’à la fermeture. Pour l’instant, il n’y a pas de repreneur.” Deux autres boutiques rue de la République sont également en vente ou sur le point de fermer, mais elles n’ont pas souhaité s’exprimer auprès de La Dépêche du Midi.
La solidarité pour tenir
Si tous les commerçants du centre-ville ne sont pas sur le point de fermer, la tendance d’une fréquentation à la baisse se confirme en revanche partout. “Depuis le début de l’année, c’est vraiment très plat”, rapporte Corinne, gérante de la boutique “À portée de main”, rue Sainte-Catherine. “Il y a des jours où on se demande même si ça sert à quelque chose d’ouvrir la boutique”, confie-t-elle. Pourtant, Corinne ne veut pas arrêter son aventure si tôt. “J’ai ouvert en juillet et c’est vraiment le premier coup dur. Je me dis que les clients finiront enfin par revenir”, espère-t-elle.
D’autant que Corinne ne veut pas miser sur l’arrivée des touristes dans quelques semaines pour renflouer les caisses. “Moi, j’ai ouvert cette boutique pour être au contact avec les Moissagais”, assure-t-elle. Face à cette tendance à la baisse, les commerçants font preuve d’une grande solidarité. “C’est vraiment un atout à Moissac. On s’envoie les uns les autres nos clients. Ça permet de créer une dynamique de groupe”, constate-t-elle. Elle espère que le retour des beaux jours mettra fin à ces longs mois difficiles.

