March 24, 2026

Meurtre d’août 2020 au quartier des Izards, à Toulouse : "L’argent, l’argent, l’argent… Je ne pensais qu’à ça !"

l’essentiel
Charef, 28 ans, se définit lui-même comme un pur produit des Izards. Poursuivi pour meurtre en bande organisée, comme dix autres accusés, sa personnalité a détonné, ce lundi, devant la cour d’assises spéciale à Toulouse.

Un palais de justice bunkérisé. La cour d’assises spéciale de la Haute-Garonne n’a pas lésiné sur les moyens pour assurer la sécurité des débats. Pendant quinze jours, la présidente Dominique Coquizart et ses assesseurs professionnels jugent onze accusés (dont l’un est en fuite) pour “meurtre en bande organisée”.

“J’étais obnubilé par le point de deal”

Parmi eux, Mohamed Zerrouki, 44 ans, présenté par les enquêteurs de la PJ de Toulouse comme le présumé “boss des Izards”. Le patron du trafic de stups dans ce quartier tristement célèbre pour avoir vu grandir le terroriste Mohamed Merah.

Impliqué dans deux autres dossiers criminels avec celui que ses amis surnomment le “Z”, Charef Kaddour Betchim, 28 ans, est un pur produit des Izards. Enfance “joyeuse” passée au quartier dans une fratrie de quatre enfants. Il quitte l’école en troisième. “J’ai arrêté avant le brevet. J’étais obnubilé par le point de deal, j’aimais ça. Je faisais le chouf”.

Chouf à 12 ans, dealer à 14

Guetteur à 12 ans. Remplaçant, d’abord. Puis à temps plein. “J’ai commencé à dealer à 14-15 ans”. Ses oncles avaient montré la voie. Il tombe pour détention. “Mais quand je suis sorti de l’EPM de Lavaur, j’ai recommencé”. L’un de ses meilleurs amis est haché par une rafale de Kalachnikov. Charef subit lui-même deux tentatives d’assassinat.

Un coup de lame dans le poumon à 16 ans. “Un gars qu’on avait tapé”. Une histoire de mauvais regards. Un an avant l’affaire qui intéresse la justice, il se fait rafaler à la Kalachnikov par deux tireurs. Il en réchappe par miracle.

60 impacts de balles sur la voiture

“Ils ont vidé leur chargeur. J’avais 60 impacts de balles sur ma voiture”. De chouf, le “gamin des rues” est devenu “gérant coke” du point de deal. “Je gagnais entre 3 000 et 4 000 euros par mois. J’étais le fusible entre les propriétaires et les jeunes du quartier. J’avais les clés de la caisse”.

Un dispositif de sécurité inhabituel est déployé autour de la cour d’assises spéciale, durant quinze jours.
Un dispositif de sécurité inhabituel est déployé autour de la cour d’assises spéciale, durant quinze jours.
DDM – LAURENT DARD

Les règlements de comptes aux Izards ? Charef a vécu son premier en 2010. Il avait 12 ans. “En 2013-2014, ça tirait tous les jours, c’était la guerre. Mais ça faisait partie du quartier. Je suis né sur un point de deal. L’argent, l’argent, l’argent, je ne pensais qu’à ça. Je vivais dans un monde parallèle, je respectais des lois imaginaires. Je pensais être quelqu’un : j’étais rien. Un pion. Interchangeable, sacrifiable”, résume le jeune homme.

Il découvre la littérature en prison

Celui qui a découvert la littérature en prison – il purge une peine de huit ans pour trafic de stups dans la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) – veut désormais “tirer un trait sur le passé” et “fonder une famille”. “C’est triste à dire mais les bonnes choses de la vie, les choses simples, je les ai découvertes en prison”. Il se verrait bien entamer des études de droit.

Mais avant cela, il va falloir affronter les faits et leurs possibles conséquences. Le 24 août 2020, Djillalil, un guetteur de 24 ans, succombe aux balles d’un commando au métro Trois-Cocus. Représailles supposées dans une guerre de territoire. Les accusés sont suspectés d’avoir, à un degré ou un autre, participé à ce crime.

“Je n’avais rien contre la victime”

“Je ne connaissais pas la victime, je n’avais rien contre elle. J’ai honte devant sa famille”, lâche Charef, défendu par Mes Sarah Nabet-Claverie et Gaspard Cuenant.

L’avocat général lève le sourcil. “Où s’est passée la tentative d’assassinat dont vous avez réchappé en 2019 ?”. “Près de la pharmacie”. Lise Bergereau insiste. “C’était loin des faits qui nous occupent ?”. On imagine l’accusé soupirer in petto. “Pratiquement au même endroit”. Le quartier, en somme.

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