À Cancon, dans le Lot-et-Garonne, Marc Vincent élève brebis et bovins à la ferme de Jean Marouty. À l’approche de Pâques, il rappelle ce que représente vraiment l’agneau dans les assiettes.
Pâques aura lieu le dimanche 5 avril, et derrière la tradition de l’agneau, des éleveurs comme Marc Vincent travaillent toute l’année.
Marc Vincent ne découvre pas son métier par vocation précoce. “Moi, je n’ai jamais eu cette passion”, raconte-t-il à propos d’un attrait d’enfance pour l’agriculture. Installé depuis 2016 en reprise de l’exploitation familiale, il revient à la ferme après “des études de mécanique moto” et “des années” de travail ailleurs. Il a alors 26 ans. Les brebis arrivent plus tard, “en 2018-2019”, sur une exploitation où dominent d’abord les vaches. Aujourd’hui, l’élevage occupe “au moins 80 % du temps”.
À quelques semaines de Pâques, moment clé pour la vente d’agneaux, la réalité du terrain s’impose. “Pour les ventes d’agneaux, essentiellement, ça va être là à Pâques. Souvent les gens en mangent seulement une fois par an.” Mais produire au bon moment n’a rien d’évident. “L’agneau c’est relativement saisonnier, ça devient un peu compliqué de tomber dans les clous”, explique-t-il, évoquant un calendrier et des contraintes biologiques difficiles à contourner.
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Une production rythmée par les saisons et les contraintes
Dans les champs et les vergers, les brebis ne sont pas seulement destinées à la viande. “Nous, les brebis, on les destine surtout à entretenir les vergers et les pruniers”, précise Marc Vincent. L’élevage s’inscrit dans un équilibre agricole plus large, entre pâturage, entretien des terres et cycles naturels.
Les agneaux grandissent dehors, au rythme de l’herbe. “Une fois que cette transition alimentaire est faite, c’est 100 % dehors, nuit et jour”, décrit-il. Ils sont vendus “aux alentours de six mois quand ils arrivent à peu près à une quarantaine de kilos vifs”. Une précision importante face aux idées reçues. “Un agneau qui est dehors à l’herbe, qui n’est pas en bergerie en céréales, non, ça n’a pas spécialement de goût fort.”
Mais même lorsque la production suit, la vente reste incertaine. “On a moins de demandes que par le passé”, constate-t-il, malgré des prix “assez corrects” pour l’instant. À la ferme, la commercialisation repose surtout sur “du bouche-à-oreille” et une clientèle locale.
Un métier essentiel sous pression
Derrière l’image traditionnelle de l’agneau pascal, le quotidien est dense. “On bosse énormément tous les jours”, résume l’éleveur, qui ne part pas en vacances et s’absente au mieux “trois jours” pour le travail. La charge mentale est “énorme” et la rentabilité fragile.
“On finit tous les ans un petit peu à l’agonie financièrement.” Sur place, la frontière entre vie professionnelle et personnelle est quasi inexistante. “On est un peu tout le temps” au travail, dit-il, évoquant une activité sans pause, y compris les week-ends.
Au-delà des chiffres, c’est un sentiment plus large qui domine. “On n’a pas vraiment de reconnaissance”, lâche-t-il. Entre attentes sociétales et réalités économiques, les contradictions s’accumulent. “Il faut manger français, mais les gens n’achètent pas français.”
À l’approche de Pâques, l’agneau reste une tradition bien ancrée. Mais pour Marc Vincent, elle ne peut être dissociée de ceux qui la rendent possible. “On est à peine 1 % de la population à créer de la nourriture”, rappelle-t-il. Derrière chaque repas de fête, il y a une année entière de travail.

