Le mémoire de Dominique Perchet retrace, archives à l’appui, plus d’un demi-siècle d’hésitations, de blocages et d’occasions manquées avant la création de la route touristique des gorges.
« Il fut un temps où l’on se rendait à pied à la foire de Saint-Antonin en suivant la voie ferrée, en passant sous les tunnels », écrit Dominique Perchet en ouverture de son mémoire relatif à la création de la route touristique des Gorges de l’Aveyron.
Difficile d’imaginer qu’encore en 1950, aucune route ne reliait Bruniquel à Saint-Antonin-Noble-Val. Seul le chemin de fer, avec sa ligne Montauban-Lexos, passait dans la vallée. Dominique Perchet a minutieusement rassemblé, dans les archives départementales, cartes, courriers préfectoraux, délibérations de l’assemblée départementale et communale.
À travers ces documents, il retrace une saga qui débute en 1904 et s’achève en 1960.
Saint-Antonin et Bruniquel à l’origine du projet
En 1904, une délibération conjointe des communes de Saint-Antonin et Bruniquel demande une route entre ces deux localités. À cette époque, « un modeste chemin rural, non empierré, relie Bruniquel, Penne et Cazals. Des pentes de 15 à 20 % pour monter de Cazals sur le plateau et rejoindre Saint-Antonin rendent ce chemin impropre à toute circulation de quelque importance ».
À l’autre extrémité, la route reliant Bruniquel à Montricoux, bien que meilleure, nécessite elle aussi d’importants aménagements.
Par ailleurs, Bruniquel, niché sur son piton rocheux, rive gauche, ne dispose pas de pont pour traverser l’Aveyron. En 1909, le préfet fait une proposition.
Le projet paraît en bonne voie, mais de Bruniquel à Cazals, en passant par Penne, c’est le territoire du Tarn, et ce département refuse de financer sa quote-part. Rajoutons un projet alternatif de liaison Laguépie-Saint-Antonin-Montauban : il évite les Gorges en passant par le plateau, plus facile et moins onéreux, mais oubliant la desserte de Cazals, Penne et Bruniquel. Les enjeux sont désormais posés : il faudra plus de cinquante ans pour que cette route voie le jour.
Une occasion ratée
Et pourtant, en 1936, le Front populaire lance un large plan de relance qui touche aussi la création de routes touristiques. D’abord pressentie, la route des Gorges ne sera finalement pas retenue. En 1938, Paul Bénet est maire de Saint-Antonin et conseiller général (on dirait aujourd’hui conseiller départemental). Face à l’enlisement du dossier, il imagine et fait étudier une route reliant Cazals à Saint-Antonin par Brousse, avec corniche et tunnel. Elle sera édifiée de 1947 à 1952. Ce sera finalement la fermeture de la ligne de chemin de fer qui résoudra le problème du tracé. Il faudra encore six années pour que la SNCF cède terrains et bâtis au département et que la route touristique Montricoux-Saint-Antonin soit réalisée.
Un territoire classé Grand Site d’Occitanie, inaccessible en transport en commun !
Fait navrant : soixante-dix ans après la fermeture de la desserte ferroviaire, les bus liO de la région Occitanie partent bien de Montauban, mais s’arrêtent à… Bruniquel !
Au-delà, vers Penne, Saint-Antonin, Lexos et Laguépie, aucun transport en commun n’est proposé.
Dominique Perchet est géographe à la retraite, passionné par le territoire. Il prévoit de rendre son mémoire accessible sur Internet prochainement. D’ici là, il envoie un lien de téléchargement sur simple demande à dominiqueperchet@gmail.com

