Les expertises médico-légales bousculent la version de l’accusé ce mercredi 18 mars lors du troisième jour du procès du meurtre de Justine Vayrac. Traces de sang, fracture du larynx et ficelle bleue contredisent les déclarations de Lucas Larivée.
Que révèlent les traces de sang retrouvées au domicile et dans la voiture de Lucas Larivée, accusé d’avoir violé puis tué Justine Vayrac dans la nuit du 22 au 23 octobre 2022 ? Pour ce troisième jour de procès à la cour d’assises de Tulle (Corrèze), l’audience reprend sur de nouvelles expertises. Ces dernières viennent mettre à mal la version du jeune Corrézien quant à ce qu’il s’est déroulé la nuit du décès tragique de la jeune Lotoise.

S’avance d’abord un expert en morphoanalyse, dont le travail permet de mettre en lumière ce que les traces de sang, même nettoyées, peuvent révéler. L’ancien gendarme a réalisé une visite virtuelle de la chambre de l’accusé. La salle découvre une chambre dans un style neuf, un pan de mur blanc et noir rayé, et des draps de couleur bleue.
Ici, du sang nettoyé est mis en lumière sur le côté du lit mais aussi au-dessus. Quelques projections sont encore visibles, malgré le nettoyage des traces avec une éponge. L’expert met en avant deux hypothèses. La première : un geste ou mouvement d’un élément saignant ou bien des coups portés à l’aide d’un élément contondant sur une source saignante.
En clair, l’expert pointe qu’il a fallu que Justine Vayrac reçoive “au moins deux coups” pour que cela corresponde aux traces de sang. Cela est donc “compatible avec les premières déclarations de Lucas Larivée, à savoir les quatre coups de poing portés au niveau du nez et de la bouche de la victime” par le fameux “Noé”, qui revient toujours dans la défense de l’accusé.
En revanche, cette expertise est incompatible avec ce que déclare l’accusé depuis le début de l’audience : à savoir, un seul coup de poing sur la pommette de la jeune femme.
Des expertises en contradiction de la version de Lucas Larivée
En visioconférence, un expert anatomopathologiste s’est ensuite avancé. Sa discipline reste complexe et peu connue, mais elle permet d’analyser et de faire parler différents prélèvements sur le corps humain. Au niveau du cou de Justine Vayrac, le docteur relève une fracture du larynx accompagnée d’un foyer hémorragique. Ce qui montre qu’elle est intervenue lors du vivant de la victime.
L’avocate générale insiste : “La victime ne peut pas être morte ensevelie, et se retrouver avec une ficelle autour du cou, on ne sait pas comment, qui aurait causé une fracture et un saignement. Il est impossible qu’un lien autour du cou d’une personne décédée puisse causer ce foyer hémorragique ?”. Non, l’expert est catégorique.
Pour la procureure Émilie Abrantes, cela vient directement mettre à mal la version de Lucas Larivée, alors que ce dernier maintient le récit d’une relation sexuelle qui aurait mal tourné avec une pression un peu “trop forte” sur le cou.
Une fois de plus, l’avocat de la défense, Maître Labrousse, vient lui contredire les expertises. Ses échanges avec la présidente et l’avocate générale sont tendus. “J’ai été interrompu comme d’habitude dans un raisonnement”, se plaint-il, alors qu’il venait d’être sommé d’aller à l’essentiel. Le procès a déjà plus de cinq heures de retard sur le programme prévu.
L’ADN, la reine des preuves ?
Enfin, un expert dévoilé les résultats des prélèvements ADN. Celui de Justine est retrouvé dans la chambre de l’accusé (notamment à cause des traces de sang), sur l’éponge et enfin sur le godet (qui a servi à ensevelir la jeune femme sous terre). Mais aussi, sans surprise, sur la ficelle bleue d’1m98 retrouvée autour du cou de la jeune femme. Cependant, celui de Lucas Larivée n’y est pas retrouvé.
L’avocate générale fait préciser si cela signifie qu’il est totalement exclu que l’accusé ait été en contact avec la ficelle. L’expert ne peut pas se prononcer. “On ne peut pas prouver qu’il a touché la ficelle, comme prouvé qu’il n’a pas touché la ficelle”, explique-t-il. En effet, plusieurs éléments entrent en jeu : la forte présence de sang pourrait annuler l’identification d’autres ADN, et de plus la terre et la putréfaction ont conduit à une forte dégradation de l’ADN génétique.
Maître Labrousse, lui, insiste face à l’expert : “Sur la ficelle, vous ne retrouvez que de l’ADN de Justine Vayrac, pas celui de Lucas Larivée”.

