Le procès pour le meurtre de Justine Vayrac met en lumière les contradictions du récit de l’accusé. Entre aveux partiels, zones d’ombre et personnage inventé, la cour tente de démêler vérité et mensonge.
“Ce que j’ai fait est impardonnable”, souffle Lucas Larivée, face à la cour d’assises de Tulle (Corrèze), ce mardi. Lors du deuxième jour de ce procès, le jeune homme, accusé d’avoir violé et tué Justine Vayrac en 2022, prend la parole devant la cour pour expliquer ce qu’il s’est passé cette nuit du 22 au 23 octobre.
Quelques jours après l’anniversaire de Lucas Larivée, ce dernier se décide à faire la fête. D’abord dans un bar avec deux amies, puis au sein de la discothèque “La Charette” à Brive-La-Gaillarde. “Je sors pour uriner. Justine est arrivée. On s’est embrassés, j’étais le premier surpris. Avec un ami, on la ramène à sa voiture. On s’est assis, on s’est reposés. Je lui ai demandé si elle avait faim, elle dit oui. On va à ma voiture, on se met en route pour aller dans un fast-food. Sur le chemin, on discute, je lui demande si elle veut venir chez moi et elle dit oui”, raconte le jeune homme âgé de 24 ans d’une traite.
Sa voix est calme, basse et posée. Il bute parfois sur ses phrases. Il reprend : “Je lui donne un verre d’eau. On discute, on s’embrasse. Nous avons fait l’amour… Le pourquoi du comment je ne sais pas mais… Elle était décédée. J’ai d’abord pensé que c’était lié au coup de poing que j’avais mis… Pendant la relation, j’ai mis ma main autour de sa gorge. J’ai dû serrer trop fort. Je ne voulais pas ce qui est arrivé”. Sur questions de son avocat, Maître Labrousse, Lucas explique qu’il constate le décès de la jeune femme en “prenant son pouls”.

Il raconte, ensuite, avoir agi machinalement en fumant une cigarette : il met le corps de Justine dans sa voiture, en la traînant par les bras. Pose la victime dans un endroit isolé. Repart chercher un engin télescopique. Et retourne sur place. “J’ai creusé un trou, je l’ai mis dedans et j’ai refermé. Après, je suis rentré chez moi”. Le Corrézien nettoie sa chambre, brûle les affaires de Justine, change les draps, va chercher une amie. Dans la matinée, il croise son père : “Il a fallu que je lui mente droit dans les yeux”.
De nombreuses zones d’ombre
L’accusé est, ensuite, assailli de questions par la cour. “Je ne sais pas, je ne sais plus, je ne me souviens plus”, dit-il souvent. Des réponses qui ont le don d’agacer. “Ce que vous dites n’a plus de sens. Vous ne pouvez pas dire une chose et son contraire. Vous vous souvenez juste de ce qui vous arrange. C’est une nouvelle violence pour la famille de Justine”, appuie lourdement l’avocate générale.
Dans cette triste histoire, les zones d’ombre sont nombreuses. Justine était-elle alcoolisée ? “On voyait qu’elle était mal, mais je ne sais pas si elle a bu”, glisse l’accusé. Sur une vidéo de surveillance de l’établissement nocturne, la jeune mère de famille sort de la discothèque en titubant. Justine était-elle d’accord pour changer d’itinéraire ? “Oui”. Était-elle consentante pour le rapport sexuel ? “Oui, ça s’est fait naturellement”. Les expertises médico-légales mettent en avant des hématomes “compatibles avec un viol”.

Au cours des ébats, Lucas Larivée a posé sa main droite sur le cou de Justine, sans qu’il se souvienne si la Lotoise était d’accord. Une pratique sexuelle longuement débattue depuis la veille, lorsque l’ex compagne de l’accusé a affirmé que cela arrivait régulièrement. Selon l’autopsie, Justine est décédée de strangulation par lien. Une ficelle bleue est retrouvée nouée autour du cou de la jeune femme. Lucas avance l’hypothèse d’un enroulement lorsqu’il enfouit le corps à 90 centimètres sous terre. Un élément balayé par les médecins légistes lors de la reconstitution en 2024.
Noé, le personnage fictif
Un nom hante le narratif : Noé. En garde à vue, Lucas Larivée invente ce personnage. “Il tombe du ciel, fait un certain nombre de choses qui collent parfaitement avec ce qu’on retrouve sur le corps de Justine. Puis, il s’évapore comme une bulle de savon. Restent les traces qu’on retrouve sur le corps de Justine et qui correspondent parfaitement”, décrit la présidente. Elle ajoute sèchement : “Comment vous expliquez ce miracle ?”. Lucas ne répond pas. La magistrate insiste : “Comment vous expliquez que ce personnage inventé porte des coups à Justine à des endroits susceptibles de provoquer les lésions qu’on retrouve sur son corps ?” La voix lasse, Lucas déclare : “Je ne sais pas, je n’ai pas réfléchi à ça. J’ai inventé cette histoire comme je pouvais. Tout ce que je peux vous dire, c’est que la relation était consentie”. Dans son récit, Noé avait forcé l’accusé à violer la jeune femme.
Et pour terminer, le trou noir évoqué par Lucas Larivée lorsqu’il constate le décès de la jeune femme est étudié. “J’ai agi comme un robot, machinalement”, affirme-t-il, craignant sur le moment les poursuites judiciaires. Lucas Larivée conclut : “Une fois que je l’avais enterrée, je ne pouvais plus faire machine arrière”.

