À Tauriac, la ferme La Paysanne Rit cultive la diversité. 167 variétés de légumes et aromates sont produites du semis à la récolte en agriculture biologique. Une richesse végétale qui séduit les chefs des restaurants comme les particuliers du nord du Lot.
Le soleil éclaire des rangées bien alignées de carottes, de fenouils ou encore de choux de Bruxelles. Rien ne laisse deviner que, dix jours plus tôt, les serres étaient sous l’eau. Les fortes pluies ont inondé les cultures. L’eau stagnante a provoqué un manque d’oxygène du sol entraînant l’asphyxie racinaire de certaines plantations. Pourtant, dans les jardins, la vie a déjà repris.
Dix jours après les inondations, la terre respire
“On pensait rouvrir en avril pour les premiers paniers, mais on s’est rendu compte qu’on allait pouvoir redémarrer plus tôt. Le 18 mars, on sera prêts”, explique Alyne Ait Kaci. Un voisin agriculteur s’est même étonné de la rapidité avec laquelle l’eau a été absorbée par le terrain. Son compagnon Christophe Tanguy se penche, saisit une poignée de terre noire et friable. “Regarde, elle est pleine de vers de terre. Quand le sol est vivant, il se structure autrement. L’eau circule, elle s’infiltre. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est le résultat du travail qu’on mène depuis quatre ans.”

De psychologue à maraîchère
La ferme La Paysanne Rit est née d’une reconversion. Alyne, bientôt 40 ans, exerçait comme psychologue. “J’ai adoré ce métier pendant dix ans. Mais, je passais mon temps dans le jardin. La passion pour le maraîchage grandissait et j’avais envie de travailler plus près du vivant”, raconte-t-elle.
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Avec Christophe, ils mûrissent leur projet pendant plusieurs années. Lui connaît déjà très bien le monde agricole. “J’ai travaillé plus de vingt ans sur des exploitations immenses, parfois 100 hectares de pommes de terre ou 20 hectares d’échalotes. C’était très technique mais on ne s’intéressait pas trop à la vie du sol.”
Le couple quitte la Corse où il vivait depuis dix ans pour suivre une formation en maraîchage biologique en Vendée. “On a réfléchi au projet pendant longtemps. On avait même dessiné la ferme avant de trouver le terrain”, sourit Alyne. En 2022, ils s’installent à Tauriac.
À leur arrivée, le sol, un ancien champ d’orge, est presque dépourvu de vie biologique. “On creusait et on ne trouvait pas un ver de terre. Rien. Pour nous, c’était le signe que la terre avait été très sollicitée et qu’elle avait besoin de retrouver de la matière et de la vie”, explique Christophe.

Pendant un an, ils vont préparer le terrain avec apports massifs de compost, fumier bovin, semis d’engrais verts et décompactage profond. “On a voulu prendre le temps. On aurait pu planter tout de suite, mais on a préféré d’abord reconstruire le sol. On s’est dit qu’on allait gagner des années.” Le résultat dépasse leurs espérances. “On pensait qu’il faudrait dix ans pour retrouver un sol vraiment vivant. Dès la première année de production on voyait déjà la différence. Aujourd’hui, quand on gratte un peu la terre, c’est un monde qui travaille pour nous.”

167 variétés de légumes
La ferme cultive 167 variétés de légumes, aromates et fleurs comestibles. Tout est produit sur une petite surface de 5 000 m² dont 1 000 m² sous serre. Les semis sont réalisés sur place. “On produit environ 40 000 plans par an et plus de 120 000 graines sont semées”, explique Alyne. Les jardins sont conduits en agriculture bio intensive. Les planches de culture ne restent jamais vides. “On enchaîne trois cultures par an sur la même planche. Chaque planche, c’est comme un petit jardin à part entière. Ça demande beaucoup de rigueur.”

La ferme a été pensée comme un écosystème vivant. Des haies ont été maintenues, des petites mares ont été creusées pour accueillir des grenouilles, précieuses auxiliaires contre les limaces. Des pollinisateurs bénéficient de ruches refuges. La ferme participe à une étude menée par Bio 46 sur la santé des sols et la résilience des petites exploitations face aux aléas climatiques.

Des chefs séduits par la fraîcheur et la diversité
Cette diversité attire les chefs. Une dizaine de restaurants viennent s’approvisionner à la ferme. Parmi eux, Philia et Le Murmure à Saint-Céré, Le Voyage d’Ernestine à Alvignac ou encore Le Pont de l’Ouysse à Lacave. Les légumes sont récoltés le matin même, sans stockage. “On n’a pas de chambre froide. Tout est cueilli le matin et part directement en cuisine. On ne peut pas faire plus frais”, explique Alyne. “C’est un bonheur de voir nos légumes sur les tables de ces restaurants. Les chefs viennent se promener dans les jardins, voir les cultures et discuter variétés. Cette relation directe, c’est très précieux. “
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La ferme propose chaque mercredi des paniers pour les particuliers. Tout se fait sur réservation afin d’éviter le gaspillage, via leur page Facebook. À la ferme, les journées sont longues. “On travaille jusqu’à 80 heures par semaine”, reconnaît Alyne. Mais la passion reste intacte. Christophe regarde la terre qu’il tient entre ses doigts. “Quand on voit un sol vivant comme ça, c’est fascinant. On apprend tous les jours. Et c’est ça qui rend ce métier extraordinaire.”


