Le rugby villeneuvois s’apprête à tourner une page importante. Après six ans à la tête du RC Villeneuve XV, Jérôme Colombini, le président, va passer la main à la suite de l’assemblée générale extraordinaire du 2 avril prochain. Après une saison très compliquée en Fédérale 2, le dirigeant estime qu’il faut un nouveau souffle au club. Entretien.
Pourquoi avez-vous pris la décision de remettre votre mandat ?
Normalement, on fait une assemblée générale ordinaire après la fin du championnat, entre deux saisons ou au début de la suivante, dans la continuité. Mais là, la situation est un peu compliquée. On souhaite un renouvellement du comité directeur pour que les personnes présentes s’engagent réellement dans le travail à faire pour le club. Il faut de nouveaux visages, de nouveaux discours. Je ne serai de toute façon pas candidat à la présidence, mais je continuerai à travailler avec ceux qui seront là, ce n’est pas un problème. Je pense que la majorité du comité directeur partage cette idée : avancer, amener de nouvelles idées, de nouvelles personnes, pour que le club s’installe durablement dans la ville. On sait que les gens aiment le rugby ici, mais il faut qu’ils s’impliquent davantage. On a mis en place un accompagnement, du soutien, et on travaille déjà à recruter de nouveaux joueurs, à préparer les futurs staffs, etc. Cela ne m’empêche pas d’être pleinement actif, mais je pense qu’il ne faut pas attendre pour agir. Il faut le faire vite, pour donner un message positif et montrer que non, on ne laisse pas tomber.
À lire aussi :
Rugby à XV : le RCV battu sèchement 44 à 0
Pourriez-vous réintégrer le comité directeur, mais pas en tant que président ?
C’est possible, mais ce n’est pas l’idée. L’objectif est d’avoir un ou plusieurs nouveaux présidents. Pour le moment, on ne sait pas encore comment ce sera organisé. J’ai encore plein d’idées et d’envies pour le club, mais je pense que je peux les concrétiser autrement, sans être en première ligne.
Avez-vous des candidats qui se détachent pour prendre la suite à la présidence du RCV ?
On y travaille sérieusement. Peut-être que d’autres se manifesteront aussi. Le club est au centre des débats, il intéresse beaucoup de monde. Il y a beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux, donc ces gens-là doivent bien avoir des compétences pour nous aider. Et puis, il y a ceux qui se réjouissent de nos difficultés. Ce n’est pas très sympa, mais on va leur montrer. Le 2 avril, on espère pouvoir annoncer de bonnes nouvelles, que des gens se soient investis et aient validé leur engagement pour le club.
“Il faut savoir changer les personnes pour continuer à progresser, sans opposition ni rupture”
Avez-vous pris cette décision de ne pas vous représenter, car vous considérez que c’est mieux pour le club ?
Oui. Je considère que c’est mieux pour le club que j’arrête. J’ai œuvré pendant six ans pour que le club avance avec mon équipe. Mais à un moment, il faut savoir changer les personnes pour continuer à progresser, sans opposition ni rupture. C’est une décision collective, réfléchie avec le comité directeur, les dirigeants et les proches du club. Ce n’est pas une démarche négative, au contraire : on le fait pour que le club continue à grandir.
Vous allez continuer à être là pour le club, mais plus en tant que président…
Exactement. Il faut insuffler une nouvelle dynamique, amener de nouvelles têtes, de nouvelles idées, de nouvelles politiques. Les choses évoluent vite, notamment sur le plan économique, donc il faut s’adapter et proposer un autre modèle pour le futur.
À lire aussi :
Le RCV devra prendre du plaisir face aux Vendéens
Si vous n’êtes plus dirigeant, comment allez-vous vous impliquer dans le club ?
Dans un club, il y a des membres officiels du comité directeur, des gens qui travaillent dans des commissions, ou encore des bénévoles qui organisent les événements. Ces bénévoles sont aussi importants que les dirigeants, car ils sont présents tout le temps et ont des compétences précieuses. Il y a aussi des personnes extérieures qui nous aident, en nous mettant en relation avec des partenaires ou des mécènes. Un club de rugby, ce n’est pas seulement les visages qu’on voit, c’est aussi ceux qui œuvrent dans l’ombre. Sans eux, rien ne tourne. Ils sont là, qu’on gagne ou qu’on perde, et ils font le travail avec passion. C’est dans les moments difficiles qu’il faut être encore plus solidaires et imaginatifs pour redresser la barre. Mon cas personnel n’a pas d’importance. Je continuerai à être impliqué dans le club, comme je l’ai toujours été.
“Il est difficile de recruter dans un département où il y a peu de clubs et pas assez de joueurs”
Vous évoquiez des difficultés pour le rugby à XV à Villeneuve-sur-Lot, notamment pour recruter des licenciés. Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a rendu votre saison si difficile ?
Économiquement, c’est compliqué de boucler un budget en Fédérale 2. Ensuite, on a perdu de nombreux joueurs à l’intersaison et il est difficile de recruter dans un département où il y a peu de clubs et pas assez de joueurs. Tous les clubs se disputent les mêmes rugbymen. On travaille beaucoup sur la formation, mais notre structure est encore jeune, donc on n’intègre pas assez de jeunes chaque année en seniors. Certains disent qu’on a une équipe de mercenaires, ce qui est faux et injuste : plus de la moitié de nos joueurs sont au club depuis longtemps, certains depuis six ou sept ans. D’autres clubs, soi-disant sans argent, recrutent pourtant en pleine saison. C’est compliqué. On a aussi des jeunes qui partent ailleurs, car d’autres clubs viennent les chercher dans les écoles de rugby.
À lire aussi :
Rugby amateur – Fédérale 2 : “L’ouverture d’un nouveau cycle”, pourquoi le RCV XV va organiser une assemblée générale extraordinaire ?
À Villeneuve-sur-Lot, le rugby à XV est également en concurrence avec le rugby à XIII…
Oui, c’est vrai. On a cette particularité d’avoir du XIII à côté. Cela crée de la concurrence chez les jeunes, un peu moins chez les seniors. Mais je ne regarde pas les autres, je me concentre sur nous. On a la capacité de générer de l’intérêt, de développer notre école de rugby, nos cadets et nos juniors. C’est difficile, mais on se bat. Il faut qu’on arrive à maintenir un modèle économique cohérent, à créer de l’animation, à rester au cœur de la ville, à défendre nos valeurs sociales et à accompagner nos licenciés. Si on y parvient, on aura gagné.
“Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir formé des éducateurs et d’avoir initié des milliers d’enfants au rugby dans les écoles”
Vous avez été président pendant six ans. Quel bilan faites-vous de votre présidence ?
Le bilan est plutôt positif. Quand j’ai pris la présidence, le club évoluait en régional, déjà avec de beaux succès. On a voulu franchir un cap : on est montés en Fédérale 3, puis en Fédérale 2. Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir formé des éducateurs et accompagné une dizaine de salariés, tous repartis avec des diplômes et des compétences. On a initié des milliers d’enfants au rugby dans les écoles, participé à de nombreux événements municipaux, et remis le rugby au cœur de Villeneuve. J’ai toujours été fidèle à ce club, et je le resterai. J’ai vécu une aventure formidable, entouré de dirigeants engagés et passionnés. On a un potentiel énorme ici, un stade incroyable, et je suis convaincu qu’on doit pouvoir maintenir une équipe à ce niveau.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Rugby amateur – Fédérale 2 : “Nous allons finir la saison”, s’engage Jérôme Colombini, président du RC Villeneuve XV
Y aura-t-il un changement de staff d’entraîneurs la saison prochaine ?
Nos entraîneurs actuels font un travail extraordinaire dans des conditions difficiles. On parle plutôt de reconstruire le staff pour la saison prochaine. Cela ne veut pas forcément dire changer les entraîneurs. On est en discussion avec eux, rien n’est acté pour l’instant. Dès que ce sera validé, on l’annoncera, probablement le 2 avril.
Donc la saison prochaine, ce sera un RCV profondément renouvelé : nouveau comité directeur, peut-être nouveau staff, et sûrement des changements de joueurs…
Oui, forcément, certains partiront, d’autres arriveront. Il faut se remettre en culture de A à Z et repartir sur de bonnes bases. On a commencé à y travailler dès maintenant pour être prêts. Tous les clubs préparent déjà la saison prochaine, et nous devons le faire aussi. Il faut du changement, un nouveau souffle. Le changement, ce n’est pas négatif. Il faut savoir l’accepter.

