Après un premier tour qui a déjà désigné de nombreux maires, les communes sans majorité absolue entrent dans 48 heures de négociations intenses avant le second tour des municipales. Fusions de listes, triangulaires, quadrangulaires voire quinquangulaires et stratégies de barrage contre le RN ou LFI peuvent encore rebattre les cartes dans de nombreuses villes.
Si quelque neuf communes sur dix connaissent déjà depuis ce dimanche 15 mars le nom de leur maire – et notamment les communes où une seule liste était en lice – pour d’autres, où aucune liste n’a obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés, c’est un marathon de 48 heure qui a démarré hier à 20 heures en vue du second tour qui se tiendra dimanche prochain.
Seules les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages peuvent, en effet, se maintenir au second tour tandis que les listes qui ont obtenu au moins 5 % des suffrages peuvent fusionner avec celles autorisées à se maintenir. D’ici mardi soir à 18 heures, heure de dépôt des listes du second tour en préfecture, d’intenses tractations vont ainsi avoir lieu, les alliances pouvant parfois retourner les situations. Car les nombreuses triangulaires, quadrangulaires et même quinquangulaires possibles peuvent condamner à la défaite la gauche, le centre ou la droite.
Le désir d’alliances pour gagner
« Toutes les alliances testées – à gauche avec ou sans LFI et à droite entre LR et le centre et LR et le RN – sont toujours soutenues par une majorité de sympathisants des bords concernés (gauche, centre et droite, et droite et extrême-droite). Inversement et logiquement, les sympathisants des autres bords politiques craignent et donc rejettent très massivement de telles alliances entre leurs adversaires », observait vendredi Gaël Sliman, président d’Odoxa.


Cette attitude est exacerbée cette année particulièrement à gauche où les alliances entre la gauche hors LFI et les Insoumis relèvent du casse-tête. « Une alliance sans LFI est soutenue par 67 % des sympathisants de gauche (dont 73 % des sympathisants PS) alors qu’une alliance de tous les partis dont LFI n’est soutenue que par 58 % d’entre eux… et surtout dégoûterait les électeurs PS (62 % refusent une alliance avec LFI et 73 % sont pour une alliance de toute la gauche sans LFI) », indique Odoxa.
La pression sera toutefois forte pour que des alliances aient lieu au niveau local quand il s’agira de barrer la route au RN ou de ravir des mairies à la droite. Ce dimanche, le collectif Victoire popularie, pétition à l’appui, a lancé un appel au rassemblement aux dirigeants du PS, du PCF, d’EELV et de LFI, ainsi qu’aux têtes de liste locales : là où la gauche rassemblée peut gagner face à la droite et l’extrême droite, les listes doivent unir leurs forces. Si vous êtes à la hauteur, des millions d’électeur·ices seront au rendez-vous pour faire gagner la gauche et les écologistes. Nous savons que vous en êtes capables, faites-le car l’histoire nous regarde.”
Pour faciliter ces alliances, Jean-Luc Mélenchon a inventé le concept « d’alliance technique », à savoir une fusion des listes de gauche pour gagner avant que chacun reprenne sa liberté après le second tour. Difficile dès lors de diriger une mairie avec une partie de la majorité élue qui devienne frondeuse.
Barrages au RN ou à LFI ?
Hier, Olivier Faure a redit qu’ « il n’y aura pas d’accord national entre le PS et LFI ». Mais au niveau local ? Du côté écologiste, Marine Tondelier plaide d’ailleurs pour une union de la gauche « au cas par cas », sans consigne nationale.
À droite et au centre, les lignes sont tout aussi nettes : Bruno Retailleau appelle au « rassemblement de la droite » pour battre à la fois la gauche et l’extrême droite, tandis que Gabriel Attal exclut toute alliance directe ou indirecte avec LFI comme avec le RN.
Enfin, Jordan Bardella, pour le Rassemblement national, se félicite de la dynamique du parti et tend la main aux « listes de droite sincères » pour nouer, là aussi localement, des accords susceptibles d’empêcher la victoire de la gauche radicale.

Les alliances scellées peuvent en tout cas décider des barrages : Front républicain contre l’extrême droite ou cordon contre LFI réclamé par le RN. Le vote de barrage anti-LFI concernerait les sympathisants RN (75 % y seraient prêts) mais aussi LR (83 %) et Renaissance (89 %) … Le Front républicain serait encore bien présent chez les sympathisants de gauche (84 %) et de Renaissance (82 %). 69 % des sympathisants LR, excluraient tout vote de barrage anti-RN.

