Roland Cayrol, politologue et directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), nous livre son analyse sur le premier tour du scrutin et sur ce qui se profile pour le second. Entretien.
Quels sont les principaux enseignements que l’on peut tirer de ce premier tour des municipales ?
Ce que l’on voit confirmé dans beaucoup de communes, c’est la réélection massive des maires sortants. Ils ne passent pas tous au premier tour, mais leurs scores les placent en excellente position pour le second. On a un taux de réélection qui va être, comme d’habitude, assez fort. Les municipales ne sont pas des vagues brutales d’un côté ou de l’autre, ce sont de petits mouvements dans le cadre d’un équilibre général respecté. La France municipale repose sur deux forces : le centre droit et le centre gauche. Ce sont des partis en difficulté au niveau national, la gauche non LFI d’un côté, la droite républicaine de l’autre, mais qui restent les plus importants localement.
On semble tout de même noter une poussée de La France insoumise (LFI) dans les zones urbaines…
Effectivement, dans les grandes villes et leurs banlieues, il y a une dynamique favorable à LFI. Pour une partie de l’électorat, la “vraie” gauche, ce sont eux. Beaucoup pensaient qu’ils paieraient les écarts de langage de Jean-Luc Mélenchon, mais ce n’est pas le cas. Ils représentent une gauche sans concession. Le mouvement s’en sort mieux que ce que laissaient croire les observateurs ou les sondeurs, même si cela va forcément créer des tensions au second tour. Les relations entre la gauche radicale et la gauche sont compliquées. Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, a d’ailleurs bien rappelé qu’il n’y aura pas au second tour, comme c’était déjà le cas au premier, d’accord national avec LFI… Mais cela n’empêchera pas des fusions de listes ou des retraits dans certaines communes de plus de 9 000 habitants.
Le Rassemblement national réalise-t-il de bons résultats ?
Le RN est dans la suite logique de sa percée de 2024. Il gagne des points sur la droite modérée. Il fut un temps où il gagnait tous azimuts, y compris chez les électeurs de gauche ; aujourd’hui, ce sont plutôt les électeurs de droite qui se rapprochent de lui. Mais ces gains restent modérés. On est loin d’une vague RN pour ces municipales.
Et le macronisme dans tout ça, est-il en voie d’extinction ?
Le macronisme électoral local n’a jamais existé. C’était un phénomène présidentiel. Il n’y a jamais eu de stratégie d’implantation locale. Il a joué la carte du parti du président sans s’insérer dans un maillage d’élus. Au fur et à mesure, il le paie. Il n’a pas de relais locaux, financiers ou populaires, ce qui donne parfois le sentiment d’être “hors sol”.
Quelle projection peut-on faire pour le second tour dimanche prochain ?
Comme disait jadis le journal L’Humanité : le second tour confirme, en les amplifiant, les résultats du premier, et c’est probablement ce qu’on verra. Mais il y aura des exceptions, peut-être à Toulouse, à Lyon ou à Nice avec le match Estrosi-Ciotti notamment. Donc je pense qu’il y aura quelques surprises. Mais au global, on restera avec une majorité de maires sortants réélus issus soit du centre gauche soit du centre droit. Les politiques municipales menées par les uns ou par les autres se ressemblent énormément. Il y a une espèce de gestion locale, départementale et municipale qui fait que, d’une certaine façon, on confie ces responsabilités aux modérés des deux camps. Et ces modérés font des politiques qui sont des politiques relativement consensuelles, ce qui explique aussi pourquoi ils ont un large taux de réélection.

