Aurélien Frégeat est producteur de noix à Glanes dans le Lot. En juin 2025, sa production a été victime d’une averse de grêlons. Il estime avoir perdu 20 % de ses récoltes mais n’a pas le droit de toucher d’aide de l’Etat.
Fin juin 2025, un violent épisode de grêle frappe une partie du nord du Lot. Sur les vergers d’Aurélien Frégeat, à Glanes, les grêlons sont particulièrement impressionnants.”On a eu des grêlons d’environ cinq centimètres de diamètre. Quand ça touche une noix, le fruit est complètement impacté”, raconte l’exploitant, installé depuis 2019.
Les conséquences sont immédiates. Les fruits les plus touchés tombent au sol, tandis que d’autres restent accrochés aux branches mais sont fortement abîmés. Dans ce cas, les blessures provoquées par la grêle deviennent des portes d’entrée pour les maladies. Au moment de la récolte, le constat est sans appel : de nombreuses noix sont invendables.
Au total, l’agriculteur estime avoir perdu environ 20 % de sa production. Sur une récolte habituelle d’une dizaine de tonnes, cela représente deux à trois tonnes de noix en moins. En bio, où il espère un prix autour de trois euros le kilo, la perte financière se situe entre 6 000 et 9 000 euros. “9 000 euros, c’est presque l’équivalent d’un salaire annuel pour moi”, souligne-t-il. “Quand on perd ça, la rémunération disparaît complètement. Les charges, elles, restent les mêmes.”
Une exploitation encore jeune
Aurélien gère seul son exploitation, composée principalement de noyers, qui couvrent une douzaine d’hectares. Depuis deux ans, il a également planté un hectare de noisetiers afin de diversifier sa production. Mais ces arbres sont encore trop jeunes pour produire : en arboriculture, la patience est de mise.

“Un noyer commence à produire au bout de six ou sept ans, et les premières récoltes sont petites. Les noisetiers, c’est au moins quatre ans”, explique-t-il. Autrement dit, impossible de changer rapidement de culture lorsque les difficultés s’accumulent. Les investissements ont déjà été réalisés et les arbres représentent un engagement sur le long terme.
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Pour compléter ses revenus, l’agriculteur transforme une partie de sa production. Il fabrique notamment de l’huile de noix, de la pâte à tartiner ou encore des noix grillées et assaisonnées pour l’apéritif, qu’il vend directement à des particuliers, sur des marchés ou à des professionnels. Une activité qui lui permet de mieux valoriser ses produits. “La transformation et la vente directe, c’est ce qui me sauve un peu”, confie-t-il.
Pourquoi il ne peut pas bénéficier des calamités agricoles
Face à sa perte de récolte, Aurélien Frégeat pourrait théoriquement prétendre au dispositif de calamité agricole, mis en place par l’État pour aider les exploitations touchées par des événements climatiques exceptionnels. C’est actuellement en ce mois de mars qu’il doit déposer son dossier. Mais dans son cas, le mode de calcul du dispositif joue contre lui. L’indemnisation est en effet calculée en comparant la récolte de l’année sinistrée à la moyenne des récoltes des cinq années précédentes.
Or, dans le Lot, les producteurs de noix ont déjà subi de nombreux aléas climatiques ces dernières années : sécheresses, gel, tempêtes ou grêle. Les rendements ont donc été faibles sur toute la période de référence. “Comme notre historique de récolte est déjà mauvais, ils vont considérer que l’année 2025 n’est pas plus mauvaise que les autres”, explique Aurélien Frégeat. “Mais en réalité, si : elle est mauvaise… comme toutes les autres.”
Continuer malgré tout
Dans ces conditions, les services de l’État peuvent estimer qu’il n’y a pas de perte significative par rapport à la moyenne, ce qui empêche l’agriculteur d’être indemnisé. Même pour les exploitants qui remplissent les critères, l’aide reste limitée. Une franchise d’environ 30 % de pertes s’applique avant toute indemnisation, et seule une partie du reste est compensée. “Dans tous les cas, ça ne compense jamais la perte réelle”, souligne-t-il.
Malgré les difficultés, Aurélien ne songe pas à abandonner. Ingénieur agricole de formation, il pourrait facilement trouver un emploi ailleurs. Mais il reste attaché à son métier. “C’est une passion. Et puis j’ai investi énormément depuis six ans, je ne peux pas tout arrêter comme ça”, explique-t-il.

